L’infertilité : l’histoire de notre famille.

24 décembre 2009 : C’est la veille de Noël. Mon chum m’annonce qu’on peut débuter les essais pour un premier bébé. Comme je ne prends plus la pilule depuis un moment déjà, nous croyons qu’il suffit de laisser tomber le condom et d’attendre. ..

A mon souvenir, j’ai toujours eu des cycles irréguliers, sauf durant les 10 mois où j’ai pris la pilule contraceptive. Je ne m’en fais pas et j’attends patiemment un signe de grossesse ou ceux d’un nouveau cycle. Les dernières règles remontent à quatre mois. Je commence à trouver que ça fait longtemps que je patiente, tout en ayant plusieurs tests blancs comme neige. Je décide de prendre un rendez-vous chez mon médecin, qui est partie en voyage. Je me rends donc au sans rendez-vous pour une prescription de prise de sang, question d’en avoir le cœur net. Le médecin qui me reçoit est sûrement le pire idiot au monde. Je dois m’obstiner pour avoir une prescription de prise de sang. Selon lui, un test d’urine négatif signifie que je ne suis pas enceinte et que je devrais m’y fier. Il me dit que c’est probablement le soleil qui dérègle mes cycles. Il finit par me faire ma prescription de prise de sang pour un taux de BHCG mais sans chercher plus loin. Mon résultat est négatif. J’attends donc le retour de mon médecin et je retourne la voir. Mes menstruations ne sont toujours pas pointées. Elle me prescrit un bilan sanguin et me demande de revenir la voir pour les résultats dans deux mois, avec des courbes de température. Deux mois plus tard, je retourne voir mon médecin. Elle regarde mes courbes, constate que je n’ovule pas et me signe un papier pour une consultation en gynécologie.

Viens enfin le moment de mon rendez-vous avec une gynécologue. Mon conjoint m’accompagne au premier rendez-vous. Plusieurs questions et explications plus tard, je ressors de son bureau avec une prescription pour d’autres prises de sang, une hystérosalpingographie et un spermogramme pour mon chum. On verra pour la médication suite aux résultats. Finalement, mes analyses sanguines sont normales, le spermogramme de mon chum ne démontre rien d’anormal.

L’hystérosalpingographie, démontre quant à elle que mes trompes ne sont pas bouchées et que mon utérus semble parfait sauf qu’on y détecte une petite tache noire. Ma gynécologue m’explique que c’est probablement une bulle d’air mais qu’elle souhaite vérifier avec une hystéroscopie. Le 2e examen justifiera que c’était bel et bien une bulle d’air et que tout est normal. Le diagnostique est établi : Syndrome des ovaires polykystiques. On débute les essais avec le Clomid. Chaque mois, je revois la gynécologue pour augmenter les doses. Voyant qu’aucune ovulation ne se produit, je déclenche mes menstruations à l’aide de Provera et on augmente chaque fois la dose de 50mg et on y ajoute du Metformin. Plus le temps avance et plus je suis découragée. Les hormones ont tout un effet sur mon moral. C’est difficile à gérer. Je pleure de plus en plus souvent. Le Clomid me fait faire de l’anxiété mais je n’ovule toujours pas. Puisque ça fait près de 10 mois que j’ingurgite des ovulants sans succès, mon médecin décide de me référer a quelqu’un spécialisé en fertilité. C’est difficile de penser qu’elle ne peut plus rien pour moi et de devoir encore subir une liste d’attente. Je réussi à la convaincre d’augmenter le Clomid et le Metformin aux doses maximales et de continuer mon suivi en attendant un rendez-vous avec le spécialiste en fertilité, elle accepte sous mon insistance. Je lis beaucoup sur le sujet. J’essaie de combattre mon impuissance par la connaissance. Je m’informe sur l’adoption, les inséminations, la fécondation in vitro. Je lis tout ce qui s’approche de près ou de loin de l’infertilité. Je m’inscris sur un forum de discussion. J’ai besoin d’être informée et de partager ce qui m’arrive.

Les gens autour de nous commencent à connaître notre condition, nous devons gérer les commentaires qui fusent de toute part, l’incompréhension, la maladresse des gens. Ce n’est pas facile mais on choisit de se battre et de rester fort, peu importe ce qui nous attend. Je décide aussi de faire appel à la médecine douce. J’essaie l’acupuncture. Je fais appel aux services d’une jeune acupuncteure spécialisée dans la maternité/fertilité. Elle est gentille et douce. Elle m’aide à calmer cette anxiété qui prend de plus en plus de place dans ma vie. Suprise : j’ovule! La première fois que je vois 2 lignes sur un test d’ovulation, je n’y crois pas. Je suis tellement heureuse. Presqu’autant que si je venais d’apprendre que je suis enceinte. Trois mois plus tard, je suis enceinte. Malheureusement, la grossesse se terminera en fausse-couche précoce. Je suis triste, fâchée contre mon corps mais en même temps, j’ouvre la porte à l’idée que c’est possible. Enfin, un rayon d’espoir est entré dans mon cœur. J’avais bien besoin de ce rayon de soleil parce que la médication à dose maximale m’affecte beaucoup. J’ai l’impression d’être devenue amère. J’en veux à mon corps, à la terre entière. J’envie les femmes enceintes au plus haut point et je les déteste en même temps. Je coupe les ponts avec beaucoup d’amies et même de la famille autour de moi, simplement parce qu’elles ont la chance d’avoir une bedaine ou un bébé et que ça me rend dingue.

Deux autres mois plus tard, ma gynécologue m’avise lors de mon rendez-vous qu’elle n’accepte plus de continuer à me prescrire la médication. Elle trouve que je prends des doses fortes depuis trop longtemps et elle ne se sent pas assez experte pour gérer ça. Elle souhaite que j’attende d’être appelée pour passer aux inséminations artificielles, selon elle, c’est clair qu’on ne pourra pas concevoir de bébé dans le confort de notre maison. Je pleure toutes les larmes de mon corps. Je reviens à la maison complètement démolie. J’en suis à 11 jours post-ovulation de mon cycle et mon test du matin était encore négatif. Quelques jours plus tard, je me sens encore plus anxieuse que d’habitude. Je ne me sens pas bien. J’ai mal au cœur, mal aux seins. J’attends mes menstruations d’un moment à l’autre. Je n’ose même pas pensé à la possibilité d’une grossesse de peur d’être déçue et de tomber de trop haut. Ça fait maintenant exactement vingt-trois mois et demi que nous sommes en essais et je suis certaine qu’on passera le cap du deux ans. Je réalise que je m’engouffre de plus en plus vers une dépression. Au bout de quelques jours, je me résigne à faire un test, en cachette de mon chum. Quelle surprise, je dois le réveiller. Je dois lui annoncer que je suis enceinte. Je n’y crois pas. Je suis tellement heureuse mais j’ai tellement peur de le perdre. Il faut qu’il s’accroche celui-là! Et, il s’accrocha. Malgré un accident de voiture à 18SA qui m’a fait craindre le pire, malgré des petits saignements à 20SA, j’ai eu une belle grossesse. Un garçon, en pleine santé, né en août 2011. Je remercie chaque jour la vie de m’avoir offert cette chance. Même si ma grossesse m’a légèrement réconcilié avec mon corps et la vie et malgré tout ce que les gens peuvent croire, je ne me sens toujours pas guérie de l’infertilité. J’ai encore mes ‘’réflexes d’infertiles’’, mes peurs et surtout, je sais que la bataille sera à recommencer. Je le sais, puisque j’ai déjà recommencé à avaler des comprimés chaque matin et à ressentir les effets secondaires qui me rappellent que la maternité n’a pas guéri ma condition d’infertile. J’haïs toujours l’infertilité ainsi que tous les commentaires et remarques stupides et blessantes qui viennent avec. La seule différence c’est qu’en attendant Bébé Deux, il y a mon petit homme qui m’aide à y croire et qui me m’oblige à prendre le temps d’avoir une douce pensée pour tous les couples qui attendent encore leur tour avec le cœur gros.

Karine


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