Je suis infertile

Je suis infertile. Trois mots qui disent tout. Mon état d’âme, ma vie depuis des années, les tonnes de rendez-vous, la pudeur envolée devant les spécialistes, les hormones, mon désir de tomber enfin enceinte, l’espoir qui s’allume et s’éteint, le besoin de le crier haut et fort pour briser les tabous, les clichés, les malaises, l’isolement...

Si je le disais... M’entendriez-vous ?

Je suis celle qui se tait lorsqu'on lui dit des trucs de grand-mère. Je suis celle qui a déjà levé les jambes dans les airs après l'acte. Paraîtrait que ça aide.

J'ai fait des tests d'ovulation. J'ai fait des courbes de température, une belle discipline d'avoir mon thermomètre à côté du lit pour prendre ma température chaque matin. J'ai vu sur mes courbes que j'ovulais et que j'ai de belles phases pré-ovulatoires. J'ai surveillé ma glaire cervicale (amusant n'est-ce-pas !). J'ai même tâté mon col d'utérus ouvert-fermé-mou-dur-unpeuouvert-unpeufermé (by the way, ça sert à rien ça, trop difficile à interpréter). J'ai senti mon ovulation se produire oufff... au moins 80 fois. Je suis rendue une experte de mon corps, de mes cycles menstruels. Je connais mon corps par coeur. Même mon gynécologue n'en sait pas autant !

Je suis celle qui pleure lorsqu'on lui annonce une grossesse. Parce que cela me ramène à notre propre échec. Parce que je me dis que nous avons été oubliés quelque part. Que la cigogne a mis notre commande tout au fond de son panier ou l'a carrément échappée lors d'un de ces nombreux voyages. Si vous saviez le nombre d'annonces de grossesse que nous avons vécu dans notre entourage. Plusieurs ont eu tous leurs enfants pendant nos essais. Et l'on me dit que je ne devrais pas réagir ainsi, que je devrais être heureuse pour eux. « Ah mais, comment va-t-elle réagir si je tombe enceinte avant elle ? ». C'est une bride de conversation que j'ai entendue alors que je me cachais dans une chambre, pleurant toutes les larmes de mon corps parce que cette même personne venait de dire « C'est facile faire un bébé, tu fais l'amour pis tu attends ». Personne, personne n'a remarqué que cela pouvait être une remarque blessante. Personne. Et quand je suis partie me cacher dans une pièce, personne n'est venu me voir (sauf mon chum). Et je l'entends elle se préoccuper de comment je vais réagir si elle tombe enceinte avant moi ? Pfff.

Je suis celle qui se fâche lorsqu'on lui dit « Arrête d'y penser ! », « Tu y penses trop ! » ou « Détresse ! ».

Je suis comme vous. Je souhaite vivre une grossesse. Je souhaite mettre un bébé au monde. Mon homme souhaite mettre la main sur mon gros ventre, intéragir avec le foetus, assister à son arrivée dans le monde, avec moi... Pourquoi parce que nous avons des problèmes à concevoir, pourquoi nous devrions aller adopter ? Nous n'avons pas le droit de vouloir, comme vous, un enfant avec nos gênes. C'est VRAIMENT être égoïste, être égocentrique ? Ça l'est d'avoir le désir de mettre un enfant au monde. Comme vous l'avez fait ?

Je suis celle qui a lu tous les articles traitant du sujet depuis que le débat est lancé, principalement depuis que la gratuité est entrée en vigueur au Québec. J'ai également lu pas mal tous les commentaires. Ouh... il y en a qui ne se gênent pas... mal informés... clichés.. tabous... méconnaissances... Ça fait mal lire tout ça. Vous ne comprenez pas. Lire que « si la nature a décidé que nous n'auriez pas d'enfant, pourquoi la forcer ? »., c'est vraiment avoir une malconnaissance de ce qu'est l'infertilité. La natureJ'en ai une autre qui revient souvent aussi : « il y a tellement d'enfants qui ne demandent qu'à avoir des parents, allez adopter !». C'est vraiment super gentil de faire culpabiliser les couples infertiles. Mais pourquoi dont le sort de tous les enfants abandonnés du monde devraient reposer sur nos épaules ? Pas que ça ne me touche pas du tout, mais j'ai le droit moi aussi de vouloir avoir mes propres enfants. « Mais, c'est égocentrique. Centrés sur eux-mêmes. Ils veulent absolument avoir des enfants comme eux, qui leur ressemblent ». À prime abord, c'est ça le but de la procréation, de vouloir avoir des enfants, de poursuivre la lignée d'une famille.

C'est bien mieux de mettre ses mains devant les yeux et faire comme si on ne voyait rien. Faire comme si l'infertilité n'existait pas. Ou encore pire, admettre qu'elle existe, mais dire aux couples que c'est leur problème.

On nous dit de ne pas venir faire pitié sur les blogues et forums, non mais lisez vos commentaires blessants, comment pourrions-nous ne pas être blessés ! Il y a peut-être des infertiles qui expriment mal leurs opinions ou sortent des phrases que vous ne voulez plus entendre… mais vous faites pareilles avec vos “allez adopter !”, “la sélection naturelle fait sa job”… En passant, c’est vraiment difficile de lire des choses du genre. L’adoption est un choix de vie. Un couple fertile peut aussi adopter vous savez ! Arrêtez de rendre les couples infertiles coupables de ne pas vouloir adopter… Oui on choisit la clinique de fertilité, oui c’est pas 100% naturel et pas trop agréable. Je dis pas si je suis pour ou contre cette loi, j’en ai contre les commentaires en général. Ceci dit, je fais mon coming out. Bonjour, je suis infertile. Je suis handicapée. Je dois pas me reproduire. Je dois adopter. Voilà. -- Vraiment, vous ne comprenez rien ! On ne peut pas dire “bin adopte !” en présentant ça comme une solution obligée aux problèmes de fertilité. C’est tout ! Tant mieux si un couple infertile envisage l’adoption, mais nous ne sommes pas tous prêts à le faire. Désolée ! Oui c’est une bonne chose l’adoption, mais ce n’est pas ce que je souhaite. Je veux mes enfants comme tout le monde. Je n’ai peut-être besoin que d’un petit coup de pouce pour vivre une grossesse, je ne laisserai pas passer cette chance. Nous ne sommes pas STÉRILES. Ce n’est pas du pur égoisme, c’est un désir profond que vous ne comprenez apparemment pas. Aviez-vous la même opinion avant cette loi ? Tant qu’on ne va pas chercher dans les poches des québécois, tout est tiguidou ! -- Honnêtement, je me fous que ce soit payer ou non par l’état, mon débat il n’est pas là. Et c’est ce que je veux faire comprendre. Je ne débats pas sur la gratuité sur laquelle je suis que partiellement d’accord. Ok je suis égoiste. Je veux vivre la grossesse et l’accouchement. L’adoption est pour moi le dernier recours, peut-être dans quelques années si toujours rien n’a fonctionné. Ça me prend le deuil de la grossesse avant de me diriger vers l’adoption. C’est ainsi. Vous avez le droit d’être pour ou contre la gratuité. Mais ne soyez pas aussi radicale. Vous n’avez pas à me dire d’aller adopter parce que je veux avoir recours à de la procréation assistée (pour ma part je n’en suis qu’aux inséminations). Vous n’avez pas à me rendre coupable. Vous n’avez pas à décider pour moi. C’est malheureux pour les enfants orphelins, mais ce n’est pas moi qui les ai mis dans la misère, prenez vous en aux bonnes personnes ! ---

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