Anne-Marie

Depuis 2010, nous sommes dans les démarches en clinique de fertilité et rien ne fonctionne comme on veut. Je peux confirmer que de vivre ces démarches est plus difficile que de vivre le deuil d'une personne pour avoir vécu ceux-ci tout au long de ma vie. Car c'est en soi un deuil échelonné sur plusieurs années et qui ne se termine jamais. Tout te ramène à ce deuil, des amies qui tombent enceinte dès leur premier essai jusqu'à celles qui regrettent d'avoir eu des enfants. Tu vois de tout lorsque tu entres dans ce genre de processus.... Et moi qui croyais avoir tout vu dans ma petite vie! Je n'ai pas besoin de dire que l'envie des autres est omniprésent. L'envie de celle qui chiale parce qu'elle passe des nuits blanches avec son bébé neuf, l'envie de celui qui dit regretter avoir eu des enfants tout en sachant bien ce que tu vis et qui me dit de bien penser à mon affaire. L'envie des différents statuts sur Facebook de celles qui tombent enceinte et qui me font suivre involontairement leur grossesse pas-à-pas. C'est ça ma vie!

Ceux qui ne le vivent pas ne pourront jamais comprendre cette douleur. La douleur du deuil, parce que ça en est un. Le deuil de ne pas avoir d'enfants mais aussi, le deuil de la perte d'amis de longues dates. L'éloignement de certains autres qui préfèrent ne pas tendre l'oreille à ce genre de malheur. Ne pensez pas que je m’apitoie, bien au contraire! Je suis d'une nature optimiste au quotidien. Je ne suis pas du genre à rester dans ma douleur sans rien y faire et à pleurer à toutes les fois que je rencontre un bébé! Je vous raconte seulement pourquoi je trouve que l'infertilité est pire que le deuil d'une personne. Parce que l'infertilité est un deuil en soi, tout simplement. Le deuil des échecs. Le deuil d'une vie normale aussi. Normale dans le sens "Je ne suis pas supposée savoir gérer tous ces médicaments par injection alors que je ne suis pas médecin". C'est dans ce sens là. Ça en fait des piqûres et de la logistique de médocs! Le fait est que plusieurs événements du quotidien te ramènent constamment dans ces émotions là. Mais le fait est aussi que je me relève et que j'apprends à vivre avec. J'ai du plaisir avec les enfants des autres maintenant. Mais je ne dois jamais m'oublier à travers tout ça...

Anne-Marie


Partagez cette page sur : et

autres