Dans moins d’un mois, je remplirai, pour la dernière fois, mes armoires de salle de bain de médicaments injectables. Pour la quatrième fois de ma vie, je vais stimuler mes ovaires, me les faire ponctionner, laisser toute une équipe médicale s’efforcer de nous donner un bébé. Ce n’est pas drôle. Comment on fait, quand c’est notre dernier tour, pour ne pas se “pitcher” là-dedans avec l’énergie du désespoir? C’est vrai, si ça ne fonctionne pas, je devrai dire adieu à la maternité avant d’avoir 30 ans. Dans les films, c’est à cet âge-là que les femmes s’accomplissent, qu’elles réalisent leurs rêves. Moi, je devrai faire une croix sur le mien. (Ne partons pas de débat sur l’adoption, voulez-vous?)

C’est fou à quel point je suis négative, hein? Je préfère me qualifier de “désillusionnée”. La fécondation in vitro n’est pas magique. Pourtant, j’ai un système reproducteur en santé (tout fonctionne normalement! C’est idiot!), les bilans de mon mari sont loin d’être dramatiques, un médecin nous a même déjà dit - et je cite - “Madame, normalement vous devriez être enceinte à l’heure qu’il est”. (C’est frustrant à entendre.) Je veux tellement que ça m’arrive.

Cette fois, je sais à quoi m’attendre. Je sais comment mon corps réagit en général aux traitements, ce que je risque de vivre comme effets secondaires. Ça ne me fait pas peur. Ce qui m’effraie, c’est de tout faire ça “pour rien”. Je suis terrorisée à l’idée d’un échec. Parce qu’il est si facile de donner une petite tape dans le dos, après un test de grossesse négatif et de dire, de sa voix la plus gentille : “T’en fais pas, ça va finir par fonctionner, c’est sur”. Vous savez quoi? Ce n’est pas garanti. Personne ne peut me promettre que je porterai un jour un enfant. Je préfère dire qu’au moins, je n’aurai levé le nez sur aucune option.

Je suis consciente - plus que jamais - que rien n’est certain et que d’essayer, puis essayer encore n’assure pas d’un résultat. Mais qui ne tente rien n’a rien, pas vrai? Et tant qu’à essayer, aussi bien tout donner. Aujourd’hui, je suis différente de celle que j’étais la première fois que j’ai mis les pieds dans une clinique de fertilité. L’espoir est toujours là, mais moins débordant, plus tranquille. J’ai une certaine réserve face aux traitements, je sais que tout peut arriver. Je suis réaliste. Je ne peux pas passer mon temps à me dire que ça va marcher, parce que je ne veux pas sombrer si ce n’est pas le cas. Et en même temps, je visualise un + rose sur mon prochain test et je m’endors le soir en flattant ma bedaine.

Alors, comment se prépare-t-on à son dernier essai - à vie - en fécondation in vitro? De la même façon que j’ai préparé mes autres cycles : On coupe l’alcool, on se couche tôt, on prend son acide folique à des heures régulières (on essai, en tout cas) et on remplis d’avance les documents à soumettre à l’assurance. Je suis zen, je sais ce qui m’attends. J’espère juste un dénouement différent des autres fois.

Je vous donnerai des nouvelles de comment ça se passe, le compte à rebours est commencé…

Solly

Solly

Femme de 26 ans, habitant Lanaudière. Diplomée en littérature, écrivaine publiée, travaillant dans un domaine tout à fait différent. La preuve que la vie nous amène ailleurs... En essai bébé depuis 2010. Le ventre vide et la tête pleine.

3 Comments

  1. 12/11/2014 at 15:52 — Reply

    Je suis aussi sur le bord de la falaise, aussi rendu au 3e essai (mais 4e cycle de FIV). Ce n’est pas prévu avant beaucoup beaucoup de mois, le temps de me remettre de la dernière FIV et de la fausse-couche.

    C’est difficile… dernier essai “payé” par le gouvernement… si c’est toujours en vigueur d’ici là évidemment.. même si mon chum m’a dit qu’on continuerait au-dela des essais du gouvernement… moi ça me fait peur… Il faut au moins qu’il y ait une amélioration (lire + de transferts, + d’embryons) lors de notre prochain essai afin d’envisager d’autres essais très coûteux.

    Eh non, aucune garanti du résultat. Aucune garanti de combien de follicules, de combien d’embryons possibles à transférer… Aucune. Pis maintenant, j’ai perdu une autre naïveté, celle de croire que tout va bien aller après l’atteinte d’un résultat positif. Même enceinte, rien n’est garanti.

    Alors, on se laisse porter la vague de l’espoir. On essaie, et.. advienne ce qu’il adviendra.
    S’il y a bien une chose que je sais, c’est que nous n’avons aucun contrôle.

    Je te souhaite cette fois plusieurs possibilités de transferts. Et surtout, le résultat tant attendu !

  2. 12/11/2014 at 16:20 — Reply

    Ma chère Solly, nous seront toutes là derrière toi. Ce n’est pas facile mais c’est le même raisonnement qui me permet de continuer… pour tomber enceinte, il faut ce qu’il faut. Si on ne tente rien c’est 100% sûr qu’on aura pas d’enfant, alors aussi bien augmenter nos chances, aussi minimes soit-elles, en allant de l’avant avec les solutions proposées.

    Je pense que c’est beaucoup plus sain de commencer avec des attentes réalistes. Il me reste personnellement 2 mois pour me convaincre que je fait tout ça juste pour augmenter mes chances, pas pour avoir un bébé. Si à la fin il y a un poupon dans mes bras, je remercierai le ciel pour ce bébé miracle, mais j’essaie de garder en tête que ça se peut, qu’à la fin il ne se passe… rien.

    On ne peut pas être trop déçue quand on ne se fait pas d’attentes. Mais c’est plus facile à écrire qu’à faire!

    Je pense très fort à toi!

    Et tu sais quoi? Il y a une grosse boule orange juste à côté de la clinique. Je pense que je vais aller la toucher la prochaine fois, pour la luck! (je parlerai de la couleur orange dans mon prochain article ;) )

  3. Rita-Rose
    12/11/2014 at 16:27 — Reply

    Tu n’es pas négative. C’est un cheminement normal et sain. On se prépare à toutes les éventualités. On m’a souvent reproché d’être négative mais je ne crois pas ne l’avoir jamais été. Je le vivais à ma manière en me protégant et dire des choses comme: “si un jours j’ai un enfant”, “si un jours je suis enceinte” n’a rien de négatif à mes yeux. J’avais besoin d’être le plus terre à terre qu’il m’était possible de l’être dans cette situation.
    Bon courage

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