Au lieu de me faire un café chaud dans une tasse, je l’ai mis dans un verre. Ça arrive des fois que je fais ça. Il a craqué et ça a coulé partout. Sans rien ramasser, je suis tombée par terre, et j’ai craqué, moi aussi.
Fallait bien que ça arrive un moment donné.

J’ai repensé à cette première échographie de viabilité. On espérait tant un beau petit coeur qui bat vite vite vite. Enfin respirer et vivre ce petit bout de rêve auquel on commençait à croire. La joie qui commençait à s’emparer de nous lorsqu’on a vu le petit embryon apparaître à l’écran… Mais… Non, petit coeur bat trop lentement.
On a souhaité un miracle la semaine suivante, s’accrochant à tout ce qu’on pouvait pour croire que c’était encore possible. Non, plus de petit coeur du tout.

Ensuite, 1 semaine et demi plus tard, l’énervement lorsqu’on m’appelle pour me dire que mon taux est trop haut. Pourquoi j’ai encore réussi à avoir de l’espoir ? Conne. J’étais déçue, mais je ne l’ai pas montré. Par orgueil, j’ai fait comme si de rien était. Fait la fille forte, ayant le contrôle de ses émotions.
Foutaise. Même quand le technicien expliquait à sa stagiaire qu’ « eux en plus, ils ont le deuil d’un bébé conçu par fécondation in vitro à faire », je n’ai rien dit. Ouin, j’étais légèrement bouche bée qu’il ose dire ça avec moi à côté…

Je vois ma médecin-préférée-de-tous-les-temps. Mais, elle a beau être ma préférée, elle me rendra pas mon bébé, han ! Elle n’a pas ce pouvoir. Ah ? bin non…
Elle propose plutôt de me l’enlever officiellement. Je lui pleure dans face. Réalisant que là là c’est vrai, il ne sera plus là. Je lui dis carrément que je ne sais pas si je vais être capable de la laisser. « Bin, on arrêtera si ça va pas » qu’elle a dit.

L’avant-veille du curetage, mon corps me joue de sales tours. Voyons, j’ai bin mal au ventre moi. Je me couche. Je me réveille. Aye, ça fait plus que mal là. Je saigne toute la nuit.
Le lendemain matin, ça va mieux. Même que le midi, j’ai fait une petite sortie, j’ai été m’acheter des sushis pour me remonter le moral. J’ai même blagué avec le caissier. Ça allait bin.
Mon papa me rend une petite visite au moment où j’étais entrain de m’endormir sur le divan, bouillotte sur le bedon parce que mon ventre recommence à me faire mal.

Je l’ai expulsé de mon corps vers l’heure du souper, la veille de mon curetage. Je l’ai vu au fond de la toilette. Je n’ai pas vu grand chose, mais c’était suffisant. C’est suffisant pour que j’en sois traumatisée. Suffisant que je ne sois pas capable d’exprimer comment je me sentais.
Suffisant pour que je ne pleure même pas. Mais diable, quand vais-je pleurer ?

Tout le monde me dit « on est là pour vous. Si y’a de quoi, tu appelles ». Notre entourage a beau être aussi fru que nous sur ce qui nous arrive. Ça m’enlève pas pantoute de peine, ça apaise pas du tout la douleur et la colère.
Moi, je veux juste ravoir mon petit bébé… c’est tout.

J’en veux à la Terre entière. Je participe à des forums de discussion. Pourquoi les autres ont vu un beau coeur qui battait vite vite et PAS NOUS ? On essaie depuis plus de 8 ans, troisième FIV, 2 transferts d’embryons, et AUCUN au congélateur.
Ah mais non, ça ne va pas au mérite. T’as de la chance ou t’en a pas.
L’ost&?/”?”/&*? de sélection naturelle.

J’ai ressenti tout plein d’émotions toutes mélangées. Mais la peine, elle a pris le bord pendant plusieurs jours. On a beau ne pas aimer ça, on le sait que ça fait du bien pleurer. Alors quand ça ne sort pas…

Il y a eu le Gala de l’Adisq cette fin de semaine-là. Je l’ai écouté en partie. J’ai vu Les Soeurs Boulay remporter le trophée qui a maintes fois été gagnées par mon groupe préféré. La veille, j’étais rentrée travailler quelques heures (oui un samedi) pour être seule au bureau. Et j’avais écouté leur album au complet (aux Soeurs Boulay).
Quelques lignes me sont restées en tête pendant quelques jours (et j’ai fini par les poster sur la page facebook d’Émotions in vitro). Le jour où j’ai compris pourquoi ces mots se rattachaient autant à moi, à ce que je vivais, même si au final la chanson ne parle pas de ça du tout.

 

« Elle dit que c’est un oiseau
Envolé de sa cage
Elle dit que c’est la cage
Qui la fait pleurer
Le vide laissé par l’oiseau
Le vent qui traverse la cage
Le vent, ça mouille les yeux »

- Les soeurs Boulay

Les Soeurs Boulay

 

Mon petit oiseau était dans sa cage et il est parti. Ce n’est pas l’oiseau qui me fait pleurer. C’est la cage qui est maintenant vide qui me fait de la peine.

Sincèrement, j’ai eu peur de moi pendant quelques jours. J’ai eu peur que ma peine m’enfonce loin loin. Parce que quand je pleure, je me sens très désespérée. Comme si parce que je pleure, je ressens toutes les émotions négatives en même temps. Et je me sens comme si tout s’effondrait autour de moi. Comme si tout m’échappait.
Et comme je disais cette semaine à ma psychologue, je craignais d’être dans un état lamentable longtemps. Mais finalement, je me sens en général plutôt bien. Par contre, il y a des moments où je m’écrase, je craque et je pleure. Et j’ai compris que c’est tout à fait normal. J’ai le droit de craquer. Ça se peut que je m’enferme 5-10 minutes aux toilettes au travail parce que… j’ai craqué. Il faut que j’accepte comment je me sens et que je le vive. Que j’essaie de ne pas trop le retenir.

Et il y a ce jour où tu te rends compte que le temps passe, malgré toi. Quand c’est arrivé, je n’arrivais pas à me projeter dans le temps. Ça faisait bin trop mal. Puis, je réalise que ça fait plus d’un mois que je sais que son petit coeur a cessé de battre. Que ça fait 2 semaines qu’il s’est envolé de sa cage…
La peine est moins lourde, elle est moins omniprésente. Comme ce deuil qu’on accepte enfin, même si on croyait ne jamais pouvoir y arriver. On n’oublie pas. Mais c’est moins souffrant, moins prenant.
La peine reste toujours présente. Les larmes aux yeux viennent dans diverses situations. Le « motton » aussi.
Mais, c’est moins pire…

On a beau lever les yeux au ciel quand quelqu’un nous dit que le temps va passer et que ça va juste « mieux aller » avec ce temps qui passe. Bin. Shit. C’est vrai…

Marine

Marine

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