Procréation assistéePsychologie

On fait quoi maintenant?

- «Arrêtes toi ici.

- Où ça, ici ? Chez option Crossfit?

- Oui ici. »

Ce sont pratiquement les seuls mots qui se sont prononcés dans la voiture sur le chemin du retour entre Procréa Montréal et Laval, avec le quatrième « Malheureusement c’est négatif…» de l’infirmière, qui jouait en boucle dans ma tête. Je n’ai pas pleuré cette fois-ci, j’étais plutôt enragée… probablement contre tout ce qui existait autour de moi.

En lien direct avec mon article précédent, qui faisait état de notre dernière année mouvementée, nous avons donc fait le choix d’interrompre les traitements pour un temps indéterminé car notre santé psychologique et physique ne nous permettait tout simplement pas de continuer ainsi. La grande question : On fait quoi maintenant ? A quoi occuperons-nous notre temps pour les mois à venir ? Ah oui ! Redevenir un couple! Reprendre nos activités sociales, se reposer, voyager, pimenter notre vie sexuelle ! Reprendre la vie «normale» quoi ! NON! Désolé, mais la vie ne sera plus jamais pareille. Nous devrons à présent et pour toujours, vivre avec cette réalité, on ne peut lui échapper.

La réalité, lorsqu’on décide de suspendre les traitements est plutôt celle-ci : On regarde en arrière et constate les dommages qu’a laissée cette tempête dans nos vie! C’est à dire : Les dommages financiers, parce qu’on s’entend tous pour dire que les traitements, plus précisément ceux reliés à la fécondation In Vitro, sont loin d’être gratuits. Bien que j’aies de bonnes assurances, elles ne couvrent que 80 % des frais médicaux. Ce qui veut dire que le couple absorbe les 20% restant. MAIS! 20% de 15 000$ de médicaments, 20% de près de 4000$ d’analyses de laboratoire diverses, de spermogrammes, de tests génétiques. 20%  des frais d’acupuncture, les frais de psychologue, etc. Il y a aussi les journées sans solde, car 40 heures de maladie par année, ça passe vite aux nombres de rendez-vous médicaux. Ajoutez à ça, le surplus d’essence pour les aller-retours dans le trafic à Montréal, et aux heures de pointe, évidemment!

Il y a aussi ces dommages plus subtils, ceux causés par les non-dits, les jugements, ou les manques de jugements devrais-je dire. Les amis qui ne sont en fait, plus vraiment des amis et ce, du à leur incapacité à faire preuve soit d’ouverture d’esprits, soit de retenue, et parfois même des deux! Il y a aussi ceux liés à l’impact sur notre estime de soi. Pour l’homme, ne pas être en mesure de concevoir est directement lié à sa virilité. Pour la femme, quand les tests de grossesse s’avèrent négatifs, on se dit instantanément que nous n’avons pas été à la hauteur. Nous n’avons pas été une assez bonne «couveuse». On se met à réfléchir à tous nos actions des dernières semaines en se disant «J’aurais donc dû ne pas prendre le sac d’épicerie ce jour-là… je n’aurais pas dû prendre cette grande marche ce week-end, j’aurais dû manger plus d’ananas (En passant, l’histoire des ananas, c’est un mythe!), j’aurais donc dû ci et ça… (Avouez les filles!)

Pas question de rester en mode «survie».

La psychologue nous suggère fortement d’occuper notre temps de façon constructive. Entreprendre un nouveau projet, un nouveau défi. Celui de fonder une famille ne fonctionnant visiblement pas pour le moment, on le met de côté, et on en attaque un autre. Quelque chose qui nous sortira du mode «déception» dans lequel nous gravitons depuis un an. Un projet qui n’aura pas «échec» comme résultat final. Un projet positif dans lequel l’effort et la volonté seront assurément récompensés, contrairement à la PMA. Pas question de rester en mode «survie» durant des mois! Ayant grandement besoin de se défouler, d’exprimer cette rage refoulée depuis des mois, on arrête notre choix sur : Option Crossfit à Laval!

Pour ceux qui ne connaissent pas ce sport, on pourrait le résumer ainsi : Il s’agit d’une technique de conditionnement physique, combinant principalement la force athlétique, l’haltérophilie, la gymnastique et les sports d’endurance. Le mot Crossfit vient de Cross Fitness (entraînement physique croisé) de par le mélange de différentes activités physiques et sportives déjà existantes. Bref, dans une même séance, on court, rame, grimpe à la corde, saute, on déplace des objets, pratique des mouvements olympiques d’haltérophilie ainsi que des exercices avec le poids de notre corps. On utilise des haltères, des anneaux de gymnastiques, des boîtes, des sacs et tout autre objet pouvant servir l’entraînement. Le Crossfit axe son fonctionnement autour de dix compétences athlétiques soit : l’endurance cardiovasculaire et respiratoire, l’endurance musculaire, la force, la souplesse, la puissance, la vitesse, l’agilité, la psychomotricité, l’équilibre ainsi que la précision.

Laissez-moi vous faire un bref topo sur ma vie sportive : Équipe des Écureuils volants, ballon chasseur, 2e année du primaire. C’est à peu près tout ! Le sport n’a jamais fait partie de ma vie. Plus jeune, j’étais la grassouillette qu’on choisissait en dernier dans les équipes sportives. J’ai vécu beaucoup (voire énormément) d’intimidation à cause de mon physique durant l’enfance et l’adolescence. D’ailleurs, d’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours traîné un surplus de poids considérable jusqu’à ce qu’il y a pas si longtemps, mon médecin de famille me prescrive des médicaments pour contrer la haute pression, causé par mon surplus de poids. C’est à partir de ce moment où j’ai entrepris une importante perte de poids d’un peu plus de 80 lbs. Me voilà donc, à 30 ans, à vivre ma première expérience sportive ! Évidemment, je n’ai pas choisi le plus facile pour commencer ! Mais la vie ne nous envoie-t-elle pas des défis, des obstacles à la hauteur de nos capacités?

La thérapie par le sport

Bien que ce sport soit très exigeant physiquement, il en est de même mentalement. Pour moi, il s’agit d’une véritable thérapie. Ce sport me pousse à réfléchir sur qui je suis réellement car toutes mes faiblesses sont constamment mises en évidence. Ayant toujours eu un problème de confiance et d’estime de moi, lorsque je me retrouve devant un entrainement où il y a par exemple, beaucoup de course ou des mouvements que je ne maitrise pas bien et très souvent , que je ne maitrise pas du tout, je sais très bien que ce sera une soirée difficile mentalement. Plus souvent qu’autrement je me dis, avant même de commencer : «je ne serai jamais capable de compléter cet entrainement-là». C’est à ce moment précis que ma thérapie commence : Au lieu d’abandonner, de me décourager, je me fais confiance. Je me laisse entrainer par la musique, le bruit des barres de métal et les poids qui heurtent le sol, la présence de mes coéquipiers, les encouragements et les conseils des coachs. Trempée et épuisée, c’est alors que je lève mes yeux au chrono… et non seulement je me rends compte que j’ai réussi à compléter la séance, mais en plus, j’ai atteint de nouveaux records personnels !

J’ai découvert que ma plus grande faiblesse ne se trouve pas du tout au niveau physique car je suis autant capable que n’importe qui, j’en ai la preuve tous les jours. Je réalise à quel point je me connaissais à peine avant de débuter le Crossfit. Je découvre des aspects de moi-même qui m’étaient encore inconnus. Je sous-estimais à quel point je pouvais être forte physiquement et mentalement. Je ne me croyais pas si persévérante et assidue. J’ignorais à quel point chaque petite réussite physique ou chaque obstacle psychologique surmontés pouvaient avoir des impacts positifs dans mon quotidien, dans ma vie. Je réalise que le corps, lorsqu’on en prend soin, devient une merveilleuse machine. Ma vision globale du bien-être, de la santé et de l’estime de soi sont en train de changer. Le chiffre sur la balance ne m’intéresse plus, mes capacités physiques et ma force mentale qui se développent de semaine en semaine m’impressionnent, et c’est sur ce phénomène que je veux maintenant me concentrer.

Je ne pourrais passer sous silence l’implication de la merveilleuse équipe d’entraineurs qui sans eux, tout ce que je viens de vous raconter ne se serait pas possible. Alexandre, Andrea, Cédric, Simon et Hugo : J’espère que vous savez à quel point vous êtes extraordinaire. Vous m’aidez, aux fils des semaines, à faire de moi une meilleure personne, à m’aimer, à m’accepter tel que je suis et j’en suis infiniment reconnaissante.

Mon message à travers ce billet aujourd’hui mes chers amis et celui-ci : Profitez de cet épreuve de vie pour partir à la conquête de vous-même. Repérer vos forces, vos faiblesses et travailler à les améliorer. Que ce soit par le sport, les arts ou tous autres défis. Entreprenez un projet qui vous passionne où même, quelque chose de complètement nouveau ! Sortez de votre zone de confort et apprenez à vous connaitre à travers ça. Car c’est bien pour dire, mais c’est en vivant l’épreuve la plus difficile de ma vie actuellement, que je n’ai jamais été aussi bien dans ma peau.

 

Au plaisir,

 

Dominique

 

Dominique Lanthier

Dominique Lanthier

Navigue, sans repère ni itinéraire, dans ce monde hors de l'ordinaire qu'est l'infertilité...Espérant arriver à destination sans trop avoir perdu de morceaux !

Je serai sans aucun doute une merveilleuse maman. Quand et Comment? L'Avenir nous le dira..

«N'oublie pas, que t'as toujours en banque, quelques jours de chances et un peu d'espérance...»
- Vincent Vallières.

3 Comments

  1. 31/10/2014 at 15:28 — Reply

    J’attends justement que mon corps se remette de la fausse-couche avant de m’entraîner. On s’est acheté un tapis roulant.

    Et je suis comme toi. Enfant, ado, je me faisais intimidée parce que j’étais grassouillette, pas sportive et maladroite dans les activités sportives…

  2. 31/10/2014 at 22:15 — Reply

    Il y a plus d’un an maintenant j’ai fait un peu le même cheminement, j’ai perdu 25 lbs en changeant mon alimentation. Réussir quelque chose avec ma volonté et mon corps m’ont beaucoup aidée à accepter que le reste n’était ni de ma faute ni un manque de volonté et que mon corps n’était pas “bon à rien”.

    D’ailleurs puisque je dois attendre 2 cycles avant de faire ma prochaine stimulation, je compte reprendre ma perte de poids là où je l’ai laissée en me lançant le défi T25.

    Je commence aussitôt que les douleurs post-ponction seront parties.

  3. 04/01/2015 at 08:18 — Reply

    courtier

    sensationnelle post, merci bien.

Leave a Reply

Previous post

On nous a menti

Next post

Une histoire de timing