Parfois, tout arrive en même temps dans la vie. Ou bien, tout arrive la même journée. Parfois, la Loi de Murphy se joue de nous. Ça ne se passe pas. Il est pour arriver de quoi. Et oups, ça ne se passe plus comme prévu. Vous savez, cette journée où il vous arrive quelque chose qui semble en engendrer plein d’autres ? Cette journée où vous croisez les mauvaises personnes alors que vous ne devriez pas être là. Cette journée où plein de hasards s’enchaînent… bons ou mauvais, mais qu’on dirait qu’au final, ils vont tous ensemble.

Récapitulatif :
- Test de grossesse + en septembre
- Taux à 200 à 15 dpo et à 553 à 17 dpo !
- Écho de viabilité à 7 SA + 2 jours : petit coeur bat trop lentement
- Écho de viabilité à 8 SA + 2 jours : embryon a rétréci et aucun coeur
- Attente d’une fausse-couche naturelle pendant 3 semaines

Lire article précédent « Une joie qui vire au cauchemar »

Lundi le 27 octobre dernier, j’apprends que la femme de mon collègue de travail a accouché de leur quatrième enfant pendant la nuit et j’avais des émotions à évacuer un peu.
J’étais entrain d’écrire un texte ici sur l’attente de la fausse-couche. De comment je me sentais, plus de 2 semaines après le diagnostic, d’attendre que la fausse-couche naturelle se fasse.
Je l’avais intitulé « Se sentir dans le néant ».

J’écrivais ces mots : « C’est déstabilisant.
J’ai choisi d’attendre que la fausse-couche se fasse naturellement. Je n’étais pas prête à la provoquer moi-même. On ne m’a pas proposé le curetage. »

Et le téléphone a sonné pendant que j’écrivais. La clinique de PMA veut que j’aille OPC passer une échographie. Ma plus récente prise de sang démontre un taux bhcg plutôt élevée. On ne me dit rien de plus.
Je me rends là-bas en catastrophe. Je m’assieds dans la salle d’attente. À côté de moi, une fille que je reconnais. Mais je ne pense pas qu’elle me connaisse. C’est la conjointe d’un ami d’une amie. Au début de l’été, je suis allée à un party chez une amie qui a des enfants (et que j’ai flushé depuis). Et un gars m’a parlé de ce couple qui a déjà 5 enfants. Le gars s’est fait vasectomisé. Et là. Ils en veulent un 6e. Et doivent passer par la FIV ! Ce couple n’était pas là ce soir-là, mais j’ai dit ma façon de penser pareil à celui qui me parlait de ses amis. Ne compare pas MA situation avec LA leur. No way ! Leur plus vieille a le même âge que mon nombre d’années d’essaies… d’ailleurs, ce même gars, me racontait ses galères de devoir aller passer un spermogramme parce que ça fait 1 an que sa blonde et lui essaient pour leur deuxième… Il disait comment il trouvait ça dur.
Enfin bref. La fille du couple qui ont 5 filles était assise là, en attente pour une écho, probablement un écho de FIV. (C’est le technicien en écho qui est venu la chercher. D’ailleurs, si j’étais arrivée 5 minutes plus tard, je ne l’aurais même pas vue). Timing.
Une chance qu’elle ne m’a pas parlé… C’était pas le bon matin mettons.

Car moi, j’attendais. Et je m’attendais au pire scénario. Dans ma tête, il y avait un problème. J’ai vite écarté la grossesse ectopique. On m’a mis un seul embryon, il ne peut pas y en avoir un dans mon utérus et un dans une trompe. Impossible.
J’ai pensé à l’option « Miracle ». Mais non. Ça n’arrive qu’aux autres ça.
Ensuite, j’ai crains qu’il y ait quelque chose de grave. J’avais déjà l’intuition que ça allait se terminer en curetage.

Le technicien en radiologie vient me chercher. Il pense que je suis là pour une écho de viabilité. Euh non mais tu me niaises ?
Je lui dis que je ne sais pas pourquoi je suis là. On m’a appelé en catastrophe. J’ai une grossesse arrêtée apprise il y a quelques semaines. J’étais un peu bête mettons. Pourtant, j’ai toujours apprécié ce technicien.
On regarde ça. On voit le sac foetal. On voit l’embryon. Il a exactement la même mesure qu’à la dernière échographie. On voit aussi un peu de sang. Peut-être un décollement.
Il appelle la Docteure de garde. Elle confirme le tout. Je vais la rencontrer dans son bureau. Elle propose de me faire un curetage. Elle me propose aussi d’attendre encore un peu.  Elle me dit qu’il y a un risque qu’il reste des débris, que ça reste collé et que je devrai peut-être quand même passer par un curetage. Comme c’est une Docteure que j’apprécie beaucoup et depuis longtemps (elle m’a fait ma laparoscopie en 2008) et qu’elle n’est pas en salle d’opération à toutes les semaines, je décide de faire le curetage la même semaine, pour que ce soit elle.

Je suis allée faire ma pré-admission pour le vendredi. Et passer des prises de sang pré-opératoires.
En sortant des prises de sang, j’avais du timing cette journée-là, je tombe face à face avec la conjointe d’un de mes oncles. Quelques secondes plus tard et je ne la croisais pas. Mon oncle était à l’hôpital pour des tests et peut-être des transfusions sanguines. Elle m’explique grosso modo son état et me dit que les chances de survie de mon oncle diminuent. Bin voyons dont toi… :| J’ai attendu avec elle pour au moins voir mon oncle. Je leur ai expliqué ma situation. Il m’a fait un gros câlin (pas de bisous, il a encore de la chimio). Et il est retourné pour se faire hospitaliser pour quelques jours.
Tu parles d’un estifi de journée !

Pendant les jours qui suivent, je mets tout le monde au courant et je me fais à l’idée de devoir passer par le curetage. Je me dis qu’après tout va être fini. Et je pleure. Ils vont vraiment me l’enlever. Comment je vais faire pour les laisser faire ?
On n’est PAS rationnel dans ce cas-là OK ! Je sais très bien que l’embryon est mort, je ne suis pas idiote. Mais, qu’il ne soit plus dans mon ventre, c’est autre chose. Qu’on me l’enlève en salle d’opération en l’aspirant comme on aspire la poussière.
Faut que je me rentre ça dans la tête.

 

Mon corps décide de comprendre ce qui se passe
(Si vous ne voulez pas de détails sur une fausse-couche, ne lisez pas ce qui suit)
L’histoire du timing n’est pas terminée.
Suite à cette dernière écho, j’ai commencé à avoir des légers saignements et des crampettes. J’ai attribué ça à l’écho endovaginale puisque j’ai eu mal… un moment donné, il a accroché quelque chose.. je ne suis vraiment pas du genre chialeuse sur la douleur, mais ça…
Le mercredi (2 jours après), j’ai un peu plus de crampes, mais saignements toujours rosés et bruns.
Le mercredi soir, il me semble que les crampes sont plus fréquentes. Je me couche avec ces douleurs. Vers minuit, je suis réveillée. Les crampes se rapprochent. On dirait des genre des contractions. Je calcule le temps entre chaque. Je suis aux minutes. Ça s’en vient, je le sens…
Et ça commence. Premier ploc. J’attends un peu. Je suis un peu sous le choc. Je finis par aller aux toilettes. Ça sort beaucoup. Je ne regarde pas ce qui sort sauf ce qui est dans ma serviette sanitaire (c’est comme difficile de ne pas voir).
Je vais m’habiller plus chaudement, prend ma doudou, ma tablette et dis à mon chum que je vais m’installer au salon. Je sens que je vais souvent aller aux toilettes et me tortiller.
Quelques minutes après être installée dans le salon. Ploc de nouveau. Et ça a l’air de couler vraiment beaucoup. Je vais aux toilettes. C’est l’enfer. Je vois quelque chose de plusieurs centimètres de long par quelques centimètres de large dans ma serviette sanitaire. Je pense alors que c’était le sac…
Je reste près d’une dizaine de minutes sur la toilette. J’ai encore des crampes. Et j’ai compris que quand j’ai des crampes, quelque chose sort.

Faire une fausse-couche la veille de son curetage, faut le faire !
Après, ça s’est calmé. Je me suis dit que c’était pas si pire…

Le jeudi matin, on m’appelle pour me parler du curetage du lendemain. Je dis que je ne sais pas ce qui va se passer, que je pense m’être vidée pendant la nuit. En tout cas, le plus gros.
La clinique de gynécologie m’appelle, elle me demande des détails sur ce qui se passe. Elle dit qu’elle va appeler le docteur de garde pour lui demander quoi faire.
Elle me rappelle pour me dire qu’on laisse ça aller jusqu’au dimanche (donc curetage annulé). Ma gynéco sera de garde et elle me fera une écho pour voir s’il reste des débris.

Dans l’après-midi, je reçois la visite de mon papa, qui est en ville pour un examen. Il est resté 1 h ou 2. Et déjà, mes crampes avaient empiré. Quand il est parti, c’est devenu encore pire que pire.
Je ne comprenais pas ce qui se passait, je croyais avoir déjà tout évacué. Je trouvais que ça faisait mal en maudit pour juste des petits débris.
J’ai compris que les crampes se rapprochaient de plus en plus et que c’étaient des contractions. Beaucoup plus fortes que pendant la nuit.

Je voulais prendre une douche ou un bain, me laver la tête qui me piquait au boutte. Impossible de me bouger. Je ne vais pas bien du tout. Je ne pouvais que m’asseoir sur la toilette ou être accroupie par terre. J’appelle Info Santé. Elle me dit qu’Advil c’est pas bon. Fuck. Ne prenez pas d’Advil en fausse-couche, ça fait saigner.
On me dit d’aller à l’hopital. Je suis totalement en position pour sortir d’abord ! Mon chum est pas encore arrivé. Je croyais que mon chum aller me trouver sans connaissance. Appeler l’ambulance ? J’étais sur le bord de le faire…
Alors que j’étais debout parce que j’étais allée chercher de peine et misère le pot de Tylénol… j’ai senti quelque chose passer…
Je vais aux toilettes et ça sort… eh oui… le sac… c’était gros, plutôt lourd… Plouc ! Ouais, j’ai regardé au fond de la toilette, mais sans plus. J’ai vu quelque chose de gros, transparent/noir.. difficile à décrire…
Je savais que c’était ça. J’ai senti une délivrance après. Je n’avais presque plus mal. J’avais juste mal au col d’utérus et à mon vagin, ça brûlait.
Désolée des détails… je vous avais avertis.

Je ne comprenais tellement pas ce qui se passait. Je croyais avoir déjà évacué le plus gros pendant la nuit. Je m’attendais pas à ce que ça reparte plus de 12 heures plus tard alors que je n’avais presque rien eu pendant ces 12 heures. Je pensais qu’il y avait un problème, que j’étais en danger…
Le soir, ça sonne à ma porte. Je n’aurais pas du répondre. Un monsieur qui me parle de Vision Mondiale et qui me demande comment s’est passé ma journée.
Esti. Je savais pas quoi dire. J’allais toujours bin pas lui dire « Ah bin, tantôt j’ai fait une fausse-couche, j’ai cru mourir, c’était dégueulasse ».
Feck, je l’ai juste écouté. J’ai machinalement pris dans mes mains les photos des enfants qu’il souhaitait que je parraine. Finalement, je n’ai pas tant écouté ce qu’il a dit.
Quand je n’entendais plus de son, je lui ai redonné ses photos en disant que ça m’intéressait pas, qu’il tombait bin mal.

Le lendemain de la fausse-couche, j’ai eu des crampes parfois au ventre, mais rien qui nécessite que je prennes des médicaments. Et les saignements sont redevenus normaux. abondants, mais comme mes règles habituelles.

Le dimanche matin, je me présente en obstétrique à l’hôpital, tel que demandé. La docteure qui devait me faire le curetage est de garde. Je passe rapidement. Elle me fait l’échographie (hey, j’espère dont que c’est la dernière “/&?&”!| écho endovaginale pendant un &”&”? de boutte). Elle dit qu’on voit bien. Moi, je dis qu’en fait je vois rien… En effet, on voit RIEN. Mon utérus a repris sa forme « pas grossesse » et il n’y a rien dedans. De minuscules débris qui vont s’évacuer d’eux-mêmes. Pas besoin de curetage. C’est fini. Vraiment fini. Je suis vide.

Je me rends compte que mon récit est très froid, sans âme, sans émotions. Je suis sous le choc. C’est ainsi que je me sens. Comme si je m’étais détachée de tout ça parce que c’était tellement horrible et dégueulasse que si j’embarque les émotions là-dedans tout de suite, ça… bref, ça ira pas bien !

Je me dis que je vais bien finir par craquer un moment donné. Je vais bien finir par ressentir quelque chose…
Et j’en ferai un nouvel article, alors…

P.S. : Je veux juste vous rassurer que j’ai un suivi psychologique.

———————————————————————————————

Au fond, une chance que j’ai eu à partir pour cette écho ce lundi matin-là… parce que je venais d’apprendre que la femme de mon collègue venait d’accoucher de leur quatrième au cours de la nuit et que oui, j’avais besoin de ne pas être au bureau. Je n’avais pas besoin d’entendre tout le monde en parler.
Croiser la fille qui essaie pour un 6e enfant avec son chum vasectomisé et qui doit passer par la FIV… je n’ai que des émotions négatives en pensant à ça… MAIS, j’étais comme « gelée », je ne voulais pas me débarrasser de ce qui restait dans mon ventre. Puis, y’a comme un esprit de compétition qui est apparu. Ah non, pas vrai qu’elle va encore tomber enceinte avant moi ! Niaiseux de même. Ça m’a peut-être fait accepter le curetage.
Tomber sur mon oncle et sa conjointe. En lui jasant, j’ai complètement oublié pourquoi j’étais là. Jusqu’à ce qu’ils me le demandent. J’ai eu droit à un calin bien senti d’un oncle compatissant qui est peut-être à l’article de la mort. Mon père ne lui avait pas dit ce qui se passait. Et là, je suis certaine que quand mon père a visité mon oncle à l’hôpital cette semaine-là, je suis certaine qu’ils en ont parlé. Mon père a pu en parler à quelqu’un. Il le cache, mais je sais que ça le touche beaucoup…
La fausse-couche finalement naturelle… même si ça a fait très mal, c’est sans doute le mieux qui pouvait arriver. C’est mieux qu’une chirurgie c’est sûr.

 

 

 

Marine

Marine

3 Comments

  1. 03/11/2014 at 10:02 — Reply

    C’est pas facile ;(

    Mon médecin m’avait dit que ces “choses” qui mesurent quelques CM ne sont pas des restes de bébé, ou du sac gestationnel, etc… puisqu’au stade où on les a perdu, ils ne mesurent même pas un CM nos cocos… mais c’est du sang coagulé qui s’accumule près du col jusqu’à ce que celui-ci s’ouvre pour la FC.

    Les chances de vraiment voir l’embryon sont très minces…

    Je voulais simplement préciser pour les gens qui liront.

  2. 03/11/2014 at 10:12 — Reply

    Le truc de pendant la nuit, c’était comme rosé…
    Et l’expulsion… je ne voulais pas voir l’embryon. Mais j’ai checké au fond de la toilette. Comme une grosse poche. Ça avait l’air lourd. Je n’ai pas fouillé davantage et j’ai flushé sans réfléchir. J’étais sonnée et j’en avais “plein le c*l”.

  3. Ver
    08/11/2014 at 12:42 — Reply

    J’ai également fait ma fausse couche la veille du curetage…. J’avais demande le curetage car je voulais pas vivre la peine et le mal de la fausse couche. Je n’ai donc pas très bien vécu cela sur le coup. Tremblement violents, pleures et j’ai même crié sur la toilettes sur le l’expulsion dede ladite poche. C’était affreux comme expereince. J’ai également eu suivi psychologique durant 3 mois et j’ai eu besoin de me couper du monde un peu. Je partage tes émotions et comprends par quoi tu passes. J’ai vécu cela en mai. Et je suis prête a revoir ma gynéco maintenant. Bonne chance a toi ! Et je tenvoi beaucoup d’amour.

Leave a Reply

Previous post

On fait quoi maintenant?

Next post

La fameuse gratuité