Cette anné,e je célèbrerai ma toute première fête des mères. De la plus grande et de la plus belle façon : en mettant au monde mon premier enfant. En donnant naissance à ce miracle que j’ai porté neuf mois, au terme d’un long combat contre moi-même et l’univers. Un privilège pour moi, alors que je sais combien cette date pourrait être, encore une fois, synonyme de lourdeur. Effectivement, en cette journée où l’on célèbre les mères de tous les horizons, on oublie celles qui attendent d’être mère, depuis parfois beaucoup trop longtemps. Cette année c’est à elles que je pense.

Je pourrais vous raconter nos débuts, notre histoire, pour vous convaincre que nous étions les meilleurs candidats pour devenir parents. Je pourrais vous raconter les premiers mois d’excitation et de naïveté a attendre une surprise de la vie, quand on décide que, oui c’est maintenant le moment de fonder une famille. Je pourrais aussi vous décrire le temps qui passe, les questions qui font surface au même rythme que les saisons qui changent. Je pourrais remplir des pages et des pages sur les dernières années de notre vie. Des histoires comme la nôtre, il y en a des centaines, aussi semblables que différentes, aussi tristes que grandioses.

Dans notre cas, on y aura investi presque quatre ans. Quatre longues années à grandir et à évoluer, à se découvrir dans des épreuves que l’on ne croyait jamais avoir à traverser. Quatre ans, c’est long et court à la fois. Pour avoir connu des couples qui attendent depuis bien plus longtemps, et qui continuent d’espérer, je reconnais notre chance et j’en remercie la vie.

Je crois que ce qu’il y a de pire c’est l’incertitude. C’est d’avancer dans le noir, sans garantie qu’on trouvera quelque chose sur le chemin. On se heurte aux obstacles, on s’arrête, on désespère, on se demande pourquoi on continue. Mais on choisit d’avancer malgré tout, parce que dans le doute, l’action reste souvent la seule option. Et il y a les autres…. Les amis, la famille, les connaissances, la société. Ceux qui tentent de comprendre, ceux qui ne comprennent rien, ceux qui essaient de nous soutenir, mais jamais comme il le faudrait, jamais comme on le voudrait. On doit souvent se boucher les oreilles, fermer les yeux et sourire, laisser passer.

Je pourrais ici vous citer les pire choses à dire aux couples comme nous. On en entend de toutes les couleurs. Que vos intentions soient bonnes ou bien mauvaises ne fait pas grand différences si vos propos sont malvenus. Je vais donc me contenter de vous dire ceci: Apprenez à écouter! Dans le doute, taisez-vous. Abstenez-vous de donner des conseils, car nous n’en avons pas besoin. Dites-vous que nous savons ce que nous faisons, que nos médecins sont sûrement mieux informés sur la question que votre coiffeuse, votre beau-frère ou la cousine de votre meilleur ami. Évitez donc de nous abreuver de leurs conseils et recettes fantastiques. Mieux encore, demandez-vous ce que vous diriez à une personne qui fait face à la maladie. Si votre commentaire vous semble inapproprié ou ridicule dans un cas de cancer, de diabète ou même de gastro, il l’est probablement tout autant dans un cas d’infertilité. Aucune maladie ne s’est jamais guérie en cessant d’y penser, en lâchant prise ou en partant en vacances, l’infertilité non plus.

<p”>Arrêter d’y penser…

Non seulement c’est impossible quand on doit se faire des injections quotidiennes, que notre horaire dépend d’un calendrier clinique et que notre vie entière est régie par l’infertilité. Mais, c’est plutôt au moment où j’ai pris le contrôle des choses que j’ai connu le plus de succès. Quand j’ai décidé de faire mes propres recherches et d’imposer mes propres vues sur la question, plutôt que de suivre les protocoles des traitements les yeux fermés. J’ai pris le taureau par les cornes, alors que le monde entier voulait que je lâche prise. Je me félicite aujourd’hui d’être une femme entêtée, j’ai tout parié sur mon instinct et j’ai gagné un ventre plein d’amour et de promesses.

Ces quatre années m’ont marquées, elles ont marqué ma maternité et la mère que je serai. La femme aussi et probablement l’Être au sens large. Elles m’ont changée.

L’infertilité est une réalité quotidienne pour des milliers de femmes et de couples. Pour des familles aussi, car ce n’est pas parce qu’on réussit à concevoir un enfant qu’on est guérit. C’est un combat aux multiples facettes. Il faut accepter, faire face aux tests invasifs, aux résultats, au système médical et ses lacunes, aux assureurs mal avisés. Il faut prendre soins du couple et des individus qui le constituent, entre deux injections, avec les effets secondaires, les débalancements hormonales, le stress constant. Il faut accepter de livrer son corps aux médecins, apprivoiser la douleur des interventions, prendre des risques pour notre santé. On doit aussi gérer l’anxiété, qui vient sous toutes les formes, mais surtout celle de l’attente de la conclusion. Il faut savoir encaisser les résultats négatifs, et à chaque fois décider de remonter en selle, ou pas.

Il n’y a pas de formule magique. Il n’y a pas de recette infaillible que l’on peut appliquer à chaque cas de figure. Il y a autant de problématique que de cas d’infertilité, chaque couple est unique et sa maladie l’est tout autant.

Il faut souvent jouer au jeu du essai-erreur. Les dés sont de multiples protocoles d’inséminations artificielles ou de fécondation in vitro, le tableau de jeu est le corps d’une femme. Le couple est un pion qui avance et recule, encaisse et se fait renvoyer à la caisse départ après être passé à la caisse. Le succès ou l’échec de la partie, est quand à lui, le fruit du hasard.

Aujourd’hui j’écris tout ceci le ventre et le cœur plein. Mais la peine que j’ai vécu pendant les quatres dernières années demeure. Je réalise que je n’ai pas fait la paix avec toute cette aventure, mais j’y travaille tranquillement et la conscientisation fait partie de mon pèlerinage. Ça fait partie de moi et de mon histoire. Cela nous aura prit quatre inséminations artificielles et trois fécondations in vitro, dont une stimulée et deux en FIV naturelles. Je vous invite à prendre le temps de vous informer sur ces traitements si vous connaissez des gens touchés par l’infertilité. C’est ce que j’aurais aimé que mon entourage fasse: qu’il s’informe pour mieux comprendre. Qu’il ne se contente pas des informations fausses glanées sur le coin d’une table ou au téléjournal…

Kim, maman de Béatrice

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