Aucun suspense. Le titre de cet article est clair, ça ne se termine pas bien. La belle histoire miracle du « ça en prend juste un » qui s’implante dans mon utérus avec des superbes taux bhcg connaît une fin cauchemardesque. Une injustice flagrante.

Première échographie de viabilité à 7 SA + 2 jours. La technicienne note rapidement quelque chose de pas normal. Elle est loin d’être enthousiaste. Elle finit par dire que le coeur de l’embryon bat lentement. Elle va chercher le docteur de garde. Il se plante devant l’écran et dit « ouin ». Pour finalement lui aussi nous dire que le coeur ne bat pas très vite. Mais il ne peut pas se prononcer, il faut refaire une écho dans une semaine pour voir ce qui se passe. Ils n’ont pas l’air très optimistes.

L’infirmière qui me rappelle quelques heures plus tard est un peu plus optimiste. C’est elle qui m’a fait tenir debout pendant une semaine. Une semaine à me raccrocher au moindre symptôme. À me dire qu’ils ont fait une erreur. À m’imaginer des affaires. À me dire que ça ne peut pas nous arriver à nous, voyons. Seul petit champion de cet FIV, il ne peut pas avoir en plus une anomalie ! #@?%@#?&@

Ça a l’air que je dois ajouter une catégorie à ce blog. Fausse-couche. Comme si je devais tout vivre [insérer un sacre québécois] pour tenir ce blog, pour qu’il soit complet. Tsé. Ça a quasiment l’air arrangé avec le gars des vues. Eh non. C’est bel et bien ma vie, celle de mon couple. C’est notre parcours TROP réel.

Je disais donc.
Écho de viabilité une semaine plus tard à 8 SA + 2 jours. Je suis extrêmement nerveuse. Maintenant, je sais que je savais déjà ce qu’on allait nous dire et que je ne voulais DONT PAS l’entendre… Se le faire confirmer, c’est sentir que tout s’écroule autour de vous.

Tout de suite à l’écran, je vois que l’embryon est beaucoup trop petit. Elle le mesure « 6 weeks 1 day ». Elle dit qu’il n’a pas grandi depuis la semaine dernière. Probablement que son petit coeur a cessé de battre peu après l’écho de la semaine précédente… C’est une grossesse arrêtée.
Elle va chercher la gynéco de garde. Pendant ce temps, j’éclate en sanglots. Mon chum a les yeux plein d’eau.
La gynéco arrive. Ah mon dieu ! Cette femme est une soie… Elle a vérifié elle-même pour être sûre. Elle n’a pu que confirmer. Je me souviens qu’elle a dit quelque chose comme quoi le sac est trop petit aussi (ou qu’il a diminué), je ne sais plus, je suis « ailleurs ».
Elle m’a dit que ce n’était pas de ma faute. Que je n’aurais pu rien faire. Que ce n’est pas parce que j’ai forcé ou autre chose. C’est de la « sélection naturelle ».

Bah oui. Sélection naturelle. Elle ne s’était pas déjà faite cette sélection-là en éliminant nos 8 autres embryons avant le stade blasto ? Foutue sélection naturelle. Foutue Dame Nature. Je vous emmerde.

Avec tout ça, je n’ai pas de belle photo d’échographie à montrer. En plus. Fait chier.

J’ai deux options :
- lattendre que la fausse-couche se fasse naturellement
- prendre les médicaments pour la provoquer

J’ai commencé par cesser le climara, ASA et progestérone, en espérant que mon corps fasse le travail lui-même. Après tout, il est bon pour ça, pour déclencher des règles à tous les foutus mois.

Ce sentiment de vouloir mourir « dret là » pour que toute cette douleur disparaisse. Je ne sais pas comment dealer avec.

L’envie de tout détruire. Parfois je peux être quelque part et être prise avec une envie de fesser quelque chose. On a un punching bag au sous-sol, mais c’est sa fonction première lui se faire fesser dedans… Alors ça défoule moins.
La pas-envie-d’entendre les paroles sages de l’entourage. On a déjà du mal avec eux au niveau de l’infertilité. Imaginez…
Si le téléphone demeure sans réponse et que vous vous heurtez sans cesse au répondeur : on n’a pas envie de parler.
Certains attendaient de nos nouvelles car ils savaient.

Je ne vous cacherai pas que la douleur était si intense que j’aurais souhaité en mourir. Mais rassurez-vous, je ne ferais pas ça.
J’ai tellement pleuré, à en perdre le souffle, à presque vomir… mais comme je n’avais rien mangé.

Sous le coup des émotions et de la colère, dans l’après-midi, j’ai flushé officiellement de ma vie les « amies qui ont des enfants ». Parce que finalement, je les ai revues au début de l’été. Soirée Tupperware, y’avait plein de monde en dehors de nous. J’ai reçu une invitation, je me suis dit que c’était une belle occasion. Hum… Avec l’une, ça a bien été ce soir-là. L’autre refusait carrément de me regarder. Quelques jours après, j’ai demandé à « l’une » s’il y avait un problème et la réponse m’a faite réalisé que ce n’était peut-être pas moi complètement le problème. Elles m’ont sans toute mis ça complètement sur le dos, ça a dû parler fort fort fort dans mon dos. Mais ont-elles essayé juste un peu de me comprendre ? Après tout, je me souviens TRÈS BIEN de quand  « l’une » était en essais pour son premier bébé et qu’elle désespérait après quelques mois… et « l’autre », elle a mis 2 ans avant de concevoir fiston (à mon souvenir, elle est OPK) et elle n’est pas encore retombée enceinte pour un deuxième. C’est moi ou bien ? Peu importe. J’ai clairement perdu leur soutien. Alors, j’ai flushé ça de sur mon facebook… et de ma vie.

La première soirée après la deuxième écho. Je devais changer ma patch de climara. Non. Enlève-la et c’est tout. N’en remet pas une autre.
J’ai FONDU EN LARMES à l’heure où mon conjoint aurait dû me donner la piqûre de progestérone dans la fesse….

La première nuit. Épuisée de toutes mes émotions du jour. Je me suis endormie rapidement. Je me suis réveillée plusieurs fois en ayant une envie de pipi, que j’ai retenu jusqu’à ne plus pouvoir…. Je suis allée à la salle de bain. Ma nuit était terminée. Ça m’a trop réveillée. Le hamster s’est mis à tourner dans ma tête. Les larmes se sont mises à couler et me rendormir a été impossible…

Une autre semaine plus tard, on avait un rendez-vous de suivi avec la gentille docteure. Elle me laisse faire comme je le sens. J’ai la prescription de cytotec, je la prends si je veux. Il n’y a pas de danger que j’attende, contrairement à ce que plusieurs pensent.

Aujourd’hui, ça fait 2 semaines que j’ai cessé toute médication et que l’on connaît le verdict final. Rien ne s’est passé. Je ne peux me résoudre à provoquer avec le cytotec. Ça a l’air extrêmement douloureux avec un paquet d’effets secondaires. Et je trouve surréaliste de faire moi-même sortir. Mais, ça arrangerait dont tout le monde si je provoquais, surtout si je le faisais la fin de semaine ! J’aimerais dont que ça se fasse naturellement, que quelque chose de naturel se passe dans tout ça pour une foutue fois ! On me dit que de le garder prolonge ma peine. Non. Ma peine va TOUJOURS être présente. Je n’oublierai JAMAIS.
Il était tout l’espoir du monde. Il était notre « enfin », notre « ça se peut ». Il n’était pas juste un tas de cellules ressemblant à peine à un humain. Il était notre petit extra-terrestre. Notre bébé en devenir.
Et l’avoir en moi le plus longtemps possible m’aide à réaliser ce qui se passe. Et prolonge son “existence”. Je ne suis pas prête à le voir partir. Je me prépare mentalement aux émotions de la fausse-couche.
Je fais quoi avec ? Je le flush dans les égoûts ?

La vie des autres se poursuit facilement sans ce bébé à venir. Mais la nôtre ?

Comment je me sens maintenant ?
En général, ça va. Mais je peux partir à pleurer sans en avoir le contrôle. Assise sur la bol de toilettes. Devant mon écran. Dans les escaliers. Sous la douche. En pleine nuit.
Recevoir un message de soutien. Savoir que mes nièces ont eu de la peine de savoir ça…

Difficile de voir des annonces de grossesse avec des DPA proche de ce qu’était la mienne…
Pourquoi nous ?

Ne rien vouloir savoir du temps des fêtes qui va arriver bin trop vite. Ensuite ma fête. Puis les mois vont passer parce qu’ils passent tout le temps. Les « j’aurais été à 12 SA aujourd’hui ». Annuler mon premier rendez-vous de suivi. Annuler la clarté nucale. F*ck.
Le mois de ma DPA va arriver. J’aurais été maman. Non. À la place, je vais pleurer à la fêtes des mères. Encore.

Essayer de se faire croire que le meilleur est à venir… Croire qu’on ne peut pas toujours être « dans le pire ».

Marine

Marine

Un gros 10 ans d'essais pour un premier bébé qui n'est toujours pas là malgré 5 inséminations artificielles et 4 FIV ICSI. Une seule grossesse à mon actif qui s'est terminée en grossesse arrêtée en 2014.

8 Comments

  1. Madame Grenouille
    23/10/2014 at 13:13 — Reply

    OMG…. lire ton billet me fait pleurer, c’est si dur… je ne peux pas imaginer ta peine, je ne suis pas toi, mais je sais que tu souffres et saches que même sans te connaitre, je pense à toi… courage… courage !

  2. Kathy
    24/10/2014 at 10:45 — Reply

    On ne se connait pas, ton billet me fait revivre des emotions par ou je suis passé suite a une fiv en 2011, a 7 semaine et 3 jours je vivais la meme chose, ca fesait deja 8 ans et demi qu’on essayait, 2 fiv, plusieurs iac… C’est vraiment une epreuve difficile

    Surtout ne perd pas espoir, aujoird’hui pres de 12 ans apres le debut de nos essaies, plusieurs iac et 4 fiv je suis maman du plus beau des petits garcons du monde. Si j’avais ecouter les gens autour de nous, il ne serait pas la car eux nous disait de laisser tomber, de vivre notre vie sans enfant, d’arreter de s’acharner!! Ils avaient tord et nous, meme si le chemin a ete rough, depression majeur, ect, on l’a vaincu l’infertilité et on l’a notre petit miracle.

    Refais le plein d’energie, prends du temps pour toi et garde espoir!! Je te fais un gros calins virtuel xx

  3. 24/10/2014 at 16:17 — Reply

    En ce moment, c’est difficile de garder espoir pour la suite des choses. J’ai beaucoup de mal à me projet dans quelques mois, 1 an ou plus… et nous imaginer entrain de nous dire « On a bien fait de garder espoir ! ».

    Mais on essaie de tout faire pour améliorer notre fertilité chacun de notre côté. Laisser aller la nature plusieurs mois. Et voir si et quand on recommence les traitements…

  4. Doum D
    25/10/2014 at 02:14 — Reply

    Ton texte est très touchant. J’ai fait plusieurs fausses-couches, donc j’ai re-vécu plein d’émotions assez douloureuses en te lisant. Je comprends ta douleur et ton découragement. Mais j’ai tout de même envie de t’encourager à continuer si le coeur t’en dit. Nous aussi, on s’est fait dire plein de choses blessantes. Les gens qui n’ont pas vécu ce que l’on vit ont malheureusement beaucoup de difficultés à nous comprendre, ce qui ajoute à notre douleur. Moi, je te dis que je comprends ton désir d’enfant. Que c’est normal de vouloir des enfants, même si on a des difficultés à en avoir. Qu’on a le droit d’espérer… Prends bien soins de toi et ne lâche-pas ! :)

  5. caroline
    27/10/2014 at 10:11 — Reply

    Je comprend ta douleur :(
    Je risque de vivre la même chose que toi mais différemment …
    Je suis enceinte de plus de 12 Sa mais lors de la première echo ma nuque edt trop epaisse :(
    Soit il est trisomique soit problème de malformation cardiaque ou peut être rien mais ca nous n’y croyons pas …
    Voilà je souffre d’entendre ce coeur battre et se bbebe bouger en moi alors qu’il va sûrement mourir dans quelques semaines :(
    L’img va être l’étape la plus douloureuse de notre parcours pma …
    Ce parcours nous ruine et nous tue petit à petit …
    Lorsque tu remportes un bataille il reste encore la guerre à mener et celle la nous n’arrivons pas à la gagner malgré bientot 5 ans de bataille …
    Je te souhaite aussi un très bon courage …

  6. Marie
    15/05/2015 at 08:14 — Reply

    Je vis le même cauchemar que tu as vécu … Enceinte de 9 semaines, je vais passer une écho car j’ai des petites pertes brûnâtres depuis 5 jours … À l’écho, i, n’y a plus le petit coeur qui bat que j’avais vu deux semaines plus tôt et il n’a pas grandi depuis … C’est difficile à croire qu’après mon parcours aussi ardu pour avoir ce petit + tout s’éteint du jour au lendemain … Je sais tout ce que ça pris pour y arriver, et l’envie de vomir me vient lorsque je pense que je devrai tout recommencer … Tests,injections, écho, prises de sang, ponction, transfert et l’attente … Les mois avancent tellement t et je me demande si un jour je mettrai à terme cette grossesse tant désiré ? Maintenant, je dois planifier ma fausse couche avec cytotec … Je vais faire ça demain … Samedi … En espérant que ça se passe vite et sans trop de douleur … C’est affreux de vivre ça … Mon chum lui est déjà passé à autre chose et il est très positif pour les prochains traitements … Ça semble tellement facile pour lui … Mais moi je ne peux passer à autre chose tant qu’il est en dedans de moi … Et je vais devoir l’expulser et après … Je vais devoir prendre des prises de sang et faire des échos … Et retourner au travail après deux mois de retrait préventif … et rèpondre aux questions de mes collègues … La leçon … Ne rien prendre pour acquis !!! Et en ce moment je me dis que la vie est une salope !!!!

    • 15/05/2015 at 08:41 — Reply

      Je suis désolée que ça t’arrive aussi… C’est difficile de voir sa petite crevette sur une echo pour ensuite apprendre qu’elle ne grandira plus.

      J’en suis dans le coin de ma DPA en ce moment. Ouais, les mois ont passé. Je peux te dire que la douleur et la colère s’atténuent avec le temps. Mais le p’tit fond de tristesse est toujours là.

      J’ai été incapable de prendre le médicament pour provoquer la fausse-couche. Je l’ai laissé faire seule… ça a pris 3 semaines avant que ça se fasse. On m’avait même programmé un curetage. Même si ça a fait terriblement mal, je préfère que tout se soit passé naturellement.

      On a pas refait de traitements encore. J’ai même peur de tomber enceinte.

      Bon courage !

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