Procréation assistée

Les frontières de l’infertilité

En France, la procréation médicalement assistée, encadrée par une loi en lien avec la bioéthique, a pour but de « remédier à l’infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement diagnostiqué ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie particulièrement grave ».

Par ailleurs, « l’homme et la femme formant le couple doivent être vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune ».

Les actes de PMA sont pris en charge à 100 % jusqu’au quarante-troisième anniversaire de la femme. Les dépassements d’honoraires, très fréquents dans le privé, et le coût des médicaments non remboursés, s’il y en a, sont facturés au couple.

La prise en charge se limite à 6 inséminations artificielles et à 4 FIV. Si la FIV s’arrête avant le transfert d’embryon, elle n’est pas comptabilisée.

Les couples infertiles français ont cette chance d’être aidés. Le projet d’enfant n’est pas assujetti à l’argent. Quelle genre de société, quels hommes peuvent priver des femmes de donner la vie ?

J’ignorais tous ces détails, toutes ces lois, je n’avais pas de raison de m’en préoccuper.

Je n’étais ni trop jeune ni trop vieille. J’arrivais tranquillement vers la fleur de l’âge, le pistil au garde-à-vous, prêt pour la pollinisation.

Je n’étais ni trop grosse ni trop maigre, une alimentation plutôt saine. C’est vrai, je fumais, mais j’avais l’intention d’arrêter quand le test serait positif.

Je n’y pensais pas trop, j’avais même un peu peur que ça marche, c’est pour dire comme j’étais naïve. Ou bien extralucide. Car ça a marché. Quatre fois. Et les quatre grossesses ont pris fin sur une table d’opération. Dans les pleurs, la douleur et la colère. Quatre embryons avec des battements cardiaques, mal implantés, qu’il a fallu extraire de ma chair.

La PMA devait prendre le relais, aider mon corps défaillant. Elle l’a affaibli, piqué, gonflé, énervé. Et ce fut un échec. Six mois plus tard, alors que je m’apprêtais à démarrer la deuxième FIV, j’étais débarquée du service PMA. Bilans hormonaux trop mauvais. Mes ovaires avaient subitement pris un coup de vieux, ma réserve ovocytaire affichait la pénurie. On me laissait en plan. Tellement stérile que même la médecine ne voulait plus de moi. Rivée sur la berge à regarder flotter des baleines épanouies.

Comment ça je dois prendre sur moi, ne plus y penser ? La seule chose que je veux prendre sur moi, c’est un bébé. La seule chose à laquelle je pense, c’est ce ventre sans vie.

J’aurais pu quitter mon homme. Passer par la fenêtre, tomber sur des rails. Ne jamais me relever.

Ne me dites jamais que ce n’est pas grave.

Je connais la douleur intime qui s’enroule comme un serpent, serre, oppresse, le corps en boule, le cri que l’on retient et qui déchire tout à l’intérieur.

Je connais la souffrance au fond du ventre, au fond du cœur, celle qui empêche de vivre, de dormir, qui prend toute la place. Qui rend irritable, jalouse, méchante.

Je connais les calendriers cochés, les feuilles quadrillées remplies de courbes, le temps qui passe et ensevelit les rêves. Les ordonnances qui s’empilent, les examens qui s’enchaînent.

Et la peur tout au fond. La peur que tu ne viennes jamais, la peur de rester seule, vieille et sèche.

 

 

Laurence Nightingale

Laurence Nightingale

Des années de lutte.

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