Parfois, l’infertilité créée un isolement. On le dit souvent, l’entourage ne comprend pas toujours ce que nous vivons. La famille, pour les liens de sang, demeure dans nos vies malgré tout. Mais l’amitié…
À la base, c’est compliqué l’amitié lorsque nos ami(e)s ont des enfants et pas nous. Ajoutez l’ingrédient « infertilité » dans la marmite et là, ça devient franchement complexe.

Nous étions une petite gang d’amies qui nous suivions depuis le Cegep, nous continuions de nous voir plusieurs fois par année, avec nos conjoints. Trois d’entre nous sommes tombées en essais bébé en même temps en 2006. Une est tombée enceinte en quelques mois, la deuxième après deux ans et moi, moi, j’attends toujours…

Petit à petit une distance s’est créée entre nous. C’est de ma faute, c’est de la leur ? Les premières années d’infertilité, j’ai eu beaucoup de mal à dealer avec mes émotions. Aussi, quand ma deuxième amie est tombée enceinte au bout de deux ans, la première tombait enceinte pour la deuxième fois en même temps. Je n’étais plus dans le coup ! Elles allaient vivre leur grossesse ensemble, parler de leurs petits maux, le magasinage, etc. À bien y penser, je pense que c’est à partir de là qu’un réel fossé s’est créé. Parce que je n’ai jamais vu ces deux bébés-là en personne.
Nous avons tenté un repas « sans enfant ni conjoint » il y a quelques années, mais il n’y a pas eu de suite… Je n’ai pas trop compris pourquoi.

Notre grand ami commun Facebook est merveilleux, il permet de voir tout ce que nos amis font ! Je sais qu’elles font des activités ensemble, entre familles, et avec d’autres familles.
Nous sommes tous humains, alors je l’avoue, ça me donne un sacré pincement au coeur quand je vois ça !
Puis, je me dis « ouin, mais ce serait difficile pour toi de te tenir qu’avec des familles »…
Comprenez-moi bien. Je comprends parfaitement que des familles souhaitent faire des activités avec d’autres familles.

Tout ceci amène à une réflexion sur moi-même. Je sais que je suis quelqu’un du type solitaire. Je n’ai pas besoin d’avoir des nouvelles d’une personne à tous les jours. Je n’ai pas besoin d’être hyper entourée de plein de monde. Il y a des personnes qui comptent dans ma vie, que même si on ne se parle pas pendant X temps, savent qu’ils sont importants et vice-versa.
Alors, je suis sans doute pour une grande part dans cet éloignement amical. Voyant le fossé se creuser tranquillement, j’ai laissé faire. De plus, je ne suis pas une personne qui cherche la confrontation…
Et si le fait que je vive de l’infertilité soit difficile pour elles ? Ou elles pensent que c’est trop difficile pour moi ? Mais pourquoi on en a jamais parlé ! Au moins, on saurait ce qui s’est passé…
Le plus bizarre, c’est que ma deuxième amie, qui est tombée enceinte après 2 ans d’essais, est en essais pour un second enfant depuis plusieurs années. Alors, je me dis qu’elles ne veulent pas me voir ?!…

Aies-je envie de les revoir ? Je ressens un malaise à me dire que je pourrais les revoir, tenter de renouer… La distance qui s’est installée pourrait être étrange, selon moi.
Mais dans les faits, sommes-nous en chicane ou on vit juste maintenant nos vies chacune de notre côté ? (enfin, pas toutes chacune de notre côté… c’est pas mal que moi qui est de mon côté…)

 

Mise-à-jour en octobre 2014 : Parmi toutes mes émotions liées à ma fausse-couche…

« Sous le coup des émotions et de la colère, dans l’après-midi, j’ai flushé officiellement de ma vie les « amies qui ont des enfants ». Parce que finalement, je les ai revues au début de l’été. Party, y’avait plein de monde en dehors de nous. J’ai reçu une invitation, je me suis dit que c’était une belle occasion. Hum… Avec l’une, ça a bien été ce soir-là. L’autre refusait carrément de me regarder. Quelques jours après, j’ai demandé à « l’une » s’il y avait un problème et la réponse m’a faite réalisé que ce n’était peut-être pas moi complètement le problème. Elles m’ont sans doute mis ça complètement sur le dos, ça a dû parler fort fort fort dans mon dos. Mais ont-elles essayé juste un peu de me comprendre ? Après tout, je me souviens TRÈS BIEN de quand « l’une » était en essais pour son premier bébé et qu’elle désespérait après quelques mois… et « l’autre », elle a mis 2 ans avant de concevoir (à mon souvenir, elle est OPK) et elle n’est pas encore retombée enceinte pour un deuxième. C’est moi ou bien ? Peu importe. J’ai clairement perdu leur soutien. Alors, j’ai flushé ça de sur mon facebook… et de ma vie. »

 

Mise-à-jour en juillet 2015 : Un an après
Je ne regrette pas d’être allée à cette soirée. Ça m’a juste fait réalisé qu’il n’y avait plus rien à faire. Trop longtemps, il y a eu un “silence” entre nous, à ne pas se comprendre les unes les autres. C’est dur quand même de réaliser que si on avait eu nos enfants « comme tout le monde », ils joueraient avec les leurs. Probablement. Ou bien, peut-être qu’on ne serait pas plus encore amis. On ne le sait pas. C’est juste comme ça, en ce moment. Avec le temps, on se trouvera d’autres amis. Je me suis rendue compte que je suis plutôt solitaire, que j’en ai pas tant besoin que ça, des amis.
Surtout des amis qui ne font pas l’effort de comprendre combien cela peut être difficile et qui ne nous voit juste comme un couple à qui « faut pas parler de bébé et d’enfants ».

Marine

Marine

1 Comment

  1. 23/05/2014 at 07:58 — Reply

    Je vous envoie un courriel avec une idée, tout de suite! :)

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