Le 1er janvier 2015, je dois commencer la prise de médicaments. Début des injections vers la mi-janvier… Et oui, dernière fécondation in vitro confirmée dans moins d’un mois…

Je suis mitigée.

Très heureuse de pouvoir terminer mes traitements avec le programme de gratuité et en même temps, je me sens terriblement coupable. Coupable, mais désillusionnée. Tsé?

En fin de semaine, on cherchait un pyjama à offrir pour Noël à un des deux garçons de mon mari. On fait le centre d’achats au complet et ne trouvant rien, on se risque chez Sears. En plein milieu de l’allée centrale, quelqu’un avait renversé son café, on a du faire un détour par le rayon bébé pour accéder au rayon voulu. Instantanément, mon chum me prend la main et me dit “Tu le sais qu’on va y arriver, hein?”. Et moi je lâche sa main aussi rapidement qu’il a saisit la mienne.

Non, je ne sais pas. La fécondation in vitro n’est pas magique, nous sommes passés par là 3 fois déjà. Il n’y a aucune garantie. C’est bien beau, l’espoir, mais ça ne suffit pas.

Et c’est un peu pour ça que je m’en veux. Je suis soulagée de ne pas avoir à débourser pour autre chose que des médicaments en janvier, mais je suis angoissée à l’idée que ça ne fonctionne pas et qu’au final, peut-être qu’on aurait du aider quelqu’un d’autre avant qu’il ne soit trop tard. (Comprendre ici : avant que nous devions vendre nos maison, nos mères et nos âmes pour se payer les traitements).

J’ai peur d’être une cause perdue et que de m’aider moi soit inutile. J’ai peur que malgré mon désir d’enfant - que dis-je, notre désir d’enfant - je me retrouve tout de même le ventre vide en février, que la loi passe et qu’il n’y ait plus rien à faire. Ni pour moi ni pour toutes les autres. C’est difficile de rester positive.

Ce week-end, toujours dans le centre d’achats, j’entends une conversation entre un jeune couple et une vieille dame, pas loin de moi dans la foire alimentaire. La dame âgée félicite la jeune femme pour sa nouvelle grossesse et celle-ci, estomaquée, lui demande qui lui a dit. De fil en aiguille (et surtout parce que la jeune femme a utilisé les termes “la clinique m’a appelée après le test” et “Y’en a juste un des deux qui s’est accroché”), j’ai compris qu’ils avaient eu recours à la FIV, eux aussi.

Je veux être cette jeune femme-là. Je VEUX annoncer à une tante, cousine, amie croisée au hasard pendant mes commission du dimanche que je suis enceinte. Je VEUX rougir de plaisir quand on me demandera “C’est dû pour quand”? Je veux que mon homme me regarde avec tendresse, heureux que nos efforts soient récompensés…

C’est irrationnel, mais je m’en veux de passer sous le radar. Je me sens coupable que grâce aux congés des fêtes des ministres, j’aie le temps de profiter une dernière fois de la gratuité avant que la loi ne soit adoptée. Je n’ai pas de mots pour décrire ça… Je suis soulagée de ne pas devoir payer (et encore là, faut s’entendre, ça va coûter environ 3000$ de médicaments…), et en même temps j’ose pas trop en parler et me réjouir, parce que je veux pas faire suer celles qui sont abattues parce qu’elles n’auront pas le temps d’en profiter.

Je les comprends tellement en même temps!! C’est fâchant, révoltant et répugnant!!!

Avoir des enfants n’est pas un luxe. C’est vital et primordial pour une société d’augmenter son taux de natalité. S’assurer que dans 10-20-30 ans, il y aura encore des payeurs de taxes pour supporter la population vieillissante, pour assurer le maintien et la continuité de notre structure en tant que société. Et pouvez-vous, s’il vous plaît (Come on! Je vous le demande gentiment) arrêtez de suggérer l’adoption aux infertiles comme vous le faites? L’adoption c’est un projet très différent. Il y a toutes sortes de niveaux à considérer, évaluer et on ne peut pas simplement sauter d’une option à l’autre comme ça, en claquant des doigts.

Enfin. Je vais essayer de ravaler ma culpabilité entre deux verres de Bloody Cesar ou de vin mousseux dans mes partys de Noël, et je vous tiendrai au courant en début d’année…

PPPSSSSTTTT : Au cas où certains prendraient ma dernière phrase au pied de la lettre, je souligne au passage que mon intention n’est pas du tout de frôler le coma éthylique deux semaines avant d’absorber de grandes quantités d’hormones, mais plutôt de tenter de me détendre, de festoyer entourée de gens que j’aime et de commencer l’année en étant un peu plus positive. Merci. 

Solly

Femme de 26 ans, habitant Lanaudière. Diplomée en littérature, écrivaine publiée, travaillant dans un domaine tout à fait différent. La preuve que la vie nous amène ailleurs... En essai bébé depuis 2010. Le ventre vide et la tête pleine.

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