Contrairement à bien des gens autour de moi, je n’ai jamais su ce que je voulais faire dans la vie. J’avais beaucoup d’intérêts, mais je n’avais pas vraiment de passions. La seule chose pour laquelle j’avais une certitude, c’était qu’un jour, j’allais être maman. J’allais avoir une maison remplie d’enfants, 4 au moins, et tout ça avant mes 30 ans! Je savais déjà comment j’allais les appeler puisque j’entretenais méticuleusement, une liste de prénoms depuis mes 15 ans.

 

Le temps passait, mes amies avaient leur 1er enfant, puis leur second. Ma sœur cadette a eu ses 2 beaux amours, puis, quelques années après, voilà que ma sœur ainée est devenue grand-mère. Grand-mère! Pas une fois mais 2, alors que pour moi, les mois se transformaient en années, et que le vide que j’avais à l’intérieur ne faisait que grandir. J’attendais toujours le moment ou j’aurais à mon tour mon bébé si désiré.
Toutes ces années passées à attendre, à espérer, à rêver du jour ou je tiendrais enfin mon enfant dans mes bras. Toutes ces années à me sentir coupable d’envier toutes ces femmes avec leur belle bedaine, à pleurer, en me demandant pourquoi je n’y avais pas droit moi aussi.

 

C’est un sentiment atroce que celui d’être déchiré entre de la jalousie de ne pas avoir droit à ce bonheur, et celui de la joie et l’excitation qu’amène un p’tit bébé neuf, parce que malgré tout, j’ai toujours été très contente pour mes sœurs et mes amies.

 

Je voulais une maison pleine d’enfants, mais la vie en a décidé autrement. La quarantaine avançait à grands pas, et avec elle, je voyais s’envoler mois après mois, mon rêve d’être maman. Plus le temps passait, et plus nos chances de concevoir diminuaient. L’appel de la maternité n’est pas le même pour tout le monde, mais chez moi, c’était un sentiment qui me consumait entièrement. Je ne voyais pas comment j’allais faire pour passer à coté de ça, comment j’allais m’en remettre, mais surtout, je ne comprenais pas pourquoi je n’y arrivais pas. C’était déjà très difficile en tant que femme d’accepter que je ne pouvais pas avoir d’enfants, mais c’était devenu insupportable en tant qu’épouse de ne pas pouvoir donner à mon mari, le bébé que lui aussi désirait tant.

 

J’aurais aimé, bien sûr, comme la majorité des gens, décider avec mon amoureux que le bon moment était venu pour fonder une famille, et un mois ou 2 après, annoncer aux gens que j’aime que j’étais enceinte. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. La route fut longue et ardue et beaucoup de larmes ont coulé. Beaucoup.

 

Puis un jour, alors que je n’y croyais plus vraiment, on a eu droit un « + » sur un bâton. Quelle vision extraordinaire! Je me souviendrai toujours du sentiment qui m’a envahi à cet instant précis. Je ne pouvais plus respirer. J’avais espéré ce moment des dizaines et des dizaines de fois, mais chaque fois, le test était négatif. J’en ai refait 3 autres ce même weekend tellement j’avais peur de rêver. Il me semble ensuite avoir flotté sur un nuage durant les 9 mois qui ont suivi.

 

Le jour où j’ai enfin fait la rencontre ma fille, ma belle Éléonore, est finalement arrivé. Je me rappelle clairement l’instant où je l’ai vu pour la première fois, où je l’ai enfin tenue contre moi et que senti son souffle chaud dans mon cou. Je me souviens avoir été submergée par un sentiment de plénitude. Mon cœur de maman débordait d’amour. J’étais enfin complète.

 

Si ce n’avait été de la procréation assistée, je n’aurais pas aujourd’hui la chance de me blottir contre ma fille et de lui lire une histoire, de la border, de la serrer dans mes bras et lui dire combien je l’aime, de la regarder rigoler avec son papa, de la voir grandir, s’émerveiller, s’épanouir et devenir un petit être extraordinaire.

Bien sûr, j’aurais souhaité que les choses se passent différemment, mais si ce n’avait pas été de la fécondation in vitro, je n’aurais pas aujourd’hui la famille dont j’ai toujours rêvé. Le chemin a été différent pour nous mais le résultat est le même. L’amour que j’ai pour elle est encore plus grand et plus fort que tout ce que j’ai pu imaginer toutes ces années.

 

Éléonore grandit et avec elle grandit l’envie de lui offrir un petit frère ou une petite sœur. Malheureusement, après quelques fausses couches depuis sa naissance, il semble quasi impossible de concevoir naturellement. Il faudra donc avoir de nouveau recours à la FIV.

 

Plusieurs diront que nous avons la chance d’avoir déjà un bébé, et c’est vrai, c’est une chance inouïe, et si la vie fait en sorte que nous n’ayons qu’un enfant, il en sera ainsi, nous seront très reconnaissants, heureux et choyés d’avoir dans nos vies une petite fille si formidable. Mais puisque dans tout ce processus nous n’avons eu la possibilité de décider du quand, ni du comment, serait-il trop demandé de pouvoir décider du nombre d’enfants que nous souhaitons avoir?

 

Bien tristement, le projet de loi proposé par le gouvernement aura pour effet de restreindre l’accès à la procréation assistée, rendant la conception encore plus difficile pour les couples de la classe moyenne. Avec l’adoption de ce projet de loi, il faudra, en plus du stress et des effets secondaires des traitements, gérer l’angoisse financière.

 

Si le taux de natalité au Québec figure parmi les plus bas, et la population, parmi les plus vieillissantes, ne serait-il pas plus logique d’investir dans la natalité que de retirer ou restreindre le programme de procréation assistée?

 

Je suis une bonne maman, on est de bons parents, et avoir des enfants ne devrait pas être si compliqué, mais pour nous, et pour beaucoup de couples comme nous, ça l’est. Sans l’accès au programme de procréation assistée, je ne sais pas comment nous y serions arrivés.

 

J’ai toujours su que je voulais être maman, et grâce à la FIV, je suis la fière maman de la plus adorable petite fille. Ma belle Éléonore.

 

Merci de signer la pétition :https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-4989/index.html

 

Suzan Ratté
Drummondville

Émotions invitro

Émotions invitro

Compte admin de ce site web qui représente toute l'équipe d'auteur(e)s ! emotionsinvitro@gmail.com

No Comment

Leave a Reply

Previous post

In Vitro Veritas : lettre ouverte au premier ministre du Québec, M. Philippe Couillard

Next post

Josianne