30 ans, mais pas encore maman…

Et vous, le bébé, c’est pour bientôt? Puis, à quand votre tour? Des questions qui m’ont été posées à maintes reprises depuis un bon moment déjà, car lorsqu’on est mariée, qu’on file le parfait bonheur, qu’on habite une chaleureuse maison avec 3 chambres à coucher et que la trentaine est entamée, c’est la suite logique des choses aux yeux de tous… Mais, depuis maintenant un peu plus de 2 ans ½, ces questions m’écorchent le cœur à chaque fois… Pourquoi? Je rassemble aujourd’hui tout mon courage et vous partage une part de ma réalité qui l’explique, je fais en quelque sorte mon « coming out »…

 

Voilà, mon mari et moi sommes qualifiés d’infertiles, ce qui veut dire que, comme 1 couple sur 6 au Québec, un an d’essais en vue d’une grossesse s’est avéré infructueux. Un an d’espoir, un an de déceptions… Nous avons alors fait notre entrée en clinique de fertilité où on nous a permis d’en savoir un peu plus sur ce qui clochait après de multiples tests, examens et prises de sang. On a essentiellement compris qu’on devait faire notre deuil d’une conception naturelle, qu’on aurait besoin d’un petit coup de pouce de la science pour arriver à réaliser notre rêve le plus cher, être parents. On a alors cheminé et  accepté la situation. Qu’est-ce qu’on pouvait bien faire d’autre, notre désir d’être parents est plus grand que tout!  Alors, le romantisme de la chose s’est un peu estompé, mais encore plus unis face à cette épreuve de la vie, mon mari et moi avons foncé dans ce monde de la procréation médicalement assistée. Après 4 inséminations infructueuses, la fécondation in vitro est devenue la voie à prendre. Dans notre cas, la FIV rime avec stimulation ovarienne par injections, ponction d’un ovule, sélection d’un spermatozoïde et micro-injection du spermatozoïde dans l’ovule. Cette démarche fut réalisée à ce jour 2 fois (2 cycles qui durent environ un mois). À 2 reprises, nous avons eu l’immense joie de nous faire annoncer par l’embryologiste qu’il y avait eu fécondation et un développement adéquat d’un petit embryon après 2 jours en laboratoire. Mais, malheureusement, une fois transférés dans mon utérus, pour une raison qu’on ignore encore, ces 2 petits embryons qui nous remplissaient d’espoir ne se sont pas accrochés ou ont cessé de se développer… 2 échecs difficiles à encaisser accompagnés de toute une gamme d’émotions…

 

Encore aujourd’hui, c’est en clinique de fertilité, soutenus par le programme actuel de procréation assistée et une équipe médicale dévouée, que nous évoluons et espérons toujours, malgré les échecs vécus, vivre un jour la joie d’être parents. Les médecins croient toujours en nos chances de concevoir avec l’aide de la science, mais voilà que le gouvernement veut abolir la gratuité de ce programme. Considérant qu’un seul cycle de fécondation in vitro coûte environ 10 000 $ et qu’en moyenne 3 cycles sont requis pour obtenir une grossesse,  notre rêve et celui de nombreux couples est compromis… On sait que s’endetter sera inévitable advenant ce fait et, pourtant, il nous semble totalement inconcevable qu’on ait à le faire alors que cette infertilité est un trouble de santé comparable à plusieurs maladies soignées sans frais grâce à la Régie de l’assurance maladie du Québec. Étonnamment, le gouvernement semble nous faire comprendre qu’il revient aux couples infertiles de payer pour les traitements. Pourquoi? Il paie pourtant sans problème pour les avortements, la pilule du lendemain, les vasectomies (même pour ceux qui ont déjà eu recours à cette chirurgie, pour ensuite avoir recours à la vasovasostomie) et les ligatures des trompes. Devons-nous comprendre que le gouvernement préfère investir pour freiner le taux de natalité plutôt que de prôner la famille et la natalité? Prioriser la natalité est pourtant un investissement à long terme, car c’est encourager la venue de bon nombre d’enfants qui deviendront des citoyens à part entière. C’est encourager la vie et soutenir des couples  aux valeurs louables qui n’ont pas choisi ni contribué à leur problème de santé.  La gratuité devrait donc demeurer à nos yeux… Mais bon, vous êtes peut-être de ceux qui croient que les couples en traitement pourraient tout de même payer une part de la facture et je suis de votre avis. Mais, ce que la majorité ignore, c’est qu’on le fait déjà! En effet, il n’est pas rare que des couples aient à débourser près de 1000 $ par cycle de fécondation in vitro (médicaments fort dispendieux selon la couverture de l’assurance, multiples congés au travail, transport, hébergement pour ceux en région, etc.)

 

D’autres diront que ce trouble ne nous met pas en danger de mort tel un cancer et n’est donc pas réellement une maladie grave, mais, croyez-moi,  il compromet grandement notre épanouissement personnel et ébranle considérablement nos plans de vie et notre désir d’accomplissement. Vouloir enfanter, transmettre ses gènes, vivre une grossesse et donner la vie est viscéral. Pour ces raisons, l’adoption, car j’entends déjà certains d’entre vous y voir la solution évidente, n’est pas toujours l’option préconisée. Et, pour tout vous dire, l’adoption est un tout autre projet et il n’est pas aussi simple que vous pouvez le croire. Savez-vous qu’adopter à l’étranger implique un délai d’environ 8 ans et un coût approximatif de 40 000$? Et, là, je ne vous parle pas de la nécessité de faire quelques voyages dans le pays d’adoption, des multiples entrevues à passer avec des psychologues et d’autres professionnels et du fait que l’enfant adopté peut enfin être déposé dans les bras de ses parents adoptifs une fois âgés de 2-3 ans dans bien des cas, avec ses carences, ses craintes, ses expériences traumatisantes et j’en passe… Et pourquoi ne pas adopter au Québec? Il se trouve que la démarche d’adoption au Québec via ce qu’on appelle la « banque mixte » est bien différente. On parle plutôt « d’accueil en vue d’une adoption », ce qui signifie qu’un couple désirant adopter un(e) petit(e) Québécois(e) se doit d’accepter d’être tout d’abord famille d’accueil avant qu’une éventuelle démarche d’adoption soit possible, mais pas garantie. Le couple doit, par le fait même, composer avec le fait qu’en vertu de la loi de la Protection de la Jeunesse, les services sociaux doivent continuer de travailler avec les parents de naissance et de maintenir autant que possible les contacts entre l’enfant et ses parents biologiques, l’objectif premier étant le retour éventuel de l’enfant dans sa famille de naissance… En d’autres termes, les chances que l’enfant accueilli soit retourné au sein de sa famille biologique en tout temps sont bien présentes. Imaginez l’horreur de voir l’enfant que vous avez accueilli et considéré comme le vôtre vous être retiré après 4 mois, 1 an, 3 ans… Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à prendre le risque…

 

Bref, ce long texte avait pour but de vous exposer mon vécu, mon opinion et vous permettre de mieux comprendre pourquoi le Programme de procréation médicalement assistée accessible à tous est primordial, non seulement pour les couples touchés par l’infertilité, mais également pour le Québec de demain. Cette démarche m’a demandé une vague de courage incommensurable, car j’ai choisi de vous partager ma lutte personnelle, une partie de mon intimité et de ma douleur. Je l’ai principalement fait pour la cause, pour les milliers de couples qui souffrent comme nous devant l’ignorance, les jugements et l’insensibilité de certaines personnes qui ne se sentent pas concernées par cette problématique  grandissante, car elles n’ont visiblement pas eu à arpenter les corridors d’une clinique de fertilité pour chérir leurs enfants. Cet article est en quelque sorte un cri du cœur, un désir ardent d’informer et de faire comprendre que d’excellents parents potentiels rêvent en silence de caresser un jour un ventre rebondi, se faire réveiller au beau milieu de la nuit et changer des couches, mais n’ont pas à ce jour cette chance que bon nombre d’entre vous avez. Vous arrivez à imaginer votre vie sans vos enfants? Les couples infertiles ne peuvent l’imaginer non plus… Moi la première…

 

Sur ce, je vous invite à m’appuyer dans ma démarche, celle de mon mari et celle de milliers de couples du Québec qui ont besoin du soutien financier du gouvernement pour vivre la maternité et la paternité en signant la pétition suivante. La marche à suivre est très facile et rapide. Vous n’avez qu’à cliquer sur le lien, inscrire vos coordonnées, cliquer sur « envoyer », ouvrir le courriel qui vous sera acheminé et, enfin, cliquer sur le lien qui s’y trouve pour confirmer votre signature. Vous pouvez également partager à votre tour ma publication sur Facebook ou transférer mon courriel à vos proches.

 

Lien pour signer la pétition: https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-4989/index.html

 

En mon nom, celui des couples infertiles du Québec et ceux qui recevront éventuellement ce diagnostic dévastateur, MERCI!

 

Sophie Rémillard

 

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P.S. : Le témoignage de Sophie circule sur facebook depuis quelques jours. Elle m’a elle-même écrit en privé afin que je le publie ici pour en augmenter la visibilité.
Merci Sophie !

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